Un projet public qui ne doit pas étouffer l'offre privée
Le développement de l'euro numérique par la Banque centrale européenne suscite des réactions mesurées dans l'industrie des actifs numériques. Interrogé par Cryptoast, Erald Ghoos, CEO d'OKX Europe, juge possible une coexistence entre une monnaie numérique de banque centrale et les stablecoins privés, mais affiche une réserve ferme face à l'hypothèse d'un monopole public.
Une monnaie numérique « analogue » à l'argent liquide
Selon le dirigeant d'OKX Europe, l'euro numérique pourrait fonctionner comme «
une version numérique de l’argent liquide, dotée de fonctionnalités programmables», circulant aux côtés des stablecoins. Cette description place l'instrument dans une logique d'appoint aux espèces, plutôt que de substitution systématique aux solutions privées.
Les principaux risques identifiés
Ghoos attire l'attention sur un scénario où l'euro numérique deviendrait la seule monnaie numérique autorisée, créant alors « une forme de monopole public sur les monnaies numériques ». Pour lui, cette option serait préoccupante, car elle limiterait la concurrence et—implicitement—l'innovation autour des usages et des services associés.
- Coexistence possible : l'euro numérique et les stablecoins pourraient circuler simultanément.
- Risque de monopole : une exclusivité publique sur les monnaies numériques est perçue comme dangereuse par OKX.
- Neutralité des infrastructures : OKX se présente comme un fournisseur neutre d'infrastructures technologiques et ne souhaite pas favoriser un stablecoin au détriment d'un autre.
Une dynamique industrielle parallèle
Parallèlement aux travaux de la BCE, une « dynamique politique et industrielle » favorise l'apparition de stablecoins libellés en euros. Le CEO d'OKX évoque notamment un projet porté par Tether avec un consortium de grandes banques européennes pour lancer un stablecoin en euros. D'autres acteurs privés travaillent aussi sur des alternatives concurrentes, ce qui crée un paysage pluriel en cours d'organisation.
| Acteur | Position évoquée |
|---|---|
| Banque centrale européenne | Développe l'euro numérique comme complément aux espèces |
| OKX Europe | Favorable à la coexistence, prudent quant au monopole |
| Tether et consortium bancaire | Projet de stablecoin en euros en préparation |
Conséquences pour l'économie européenne et française
La cohabitation entre une monnaie numérique publique et des stablecoins privés pose des questions pratiques et réglementaires pour la France : protection des déposants, compétitivité des prestataires de services numériques, et architecture des paiements transfrontaliers. Le règlement MiCA, déjà en place, transforme le cadre du marché européen des crypto-actifs ; l'arrivée d'un euro numérique viendrait ajouter une couche réglementaire et opérationnelle que les acteurs publics et privés devront intégrer.
Pour les entreprises françaises du secteur fintech et pour les banques, ce contexte offre à la fois des opportunités d'innovation — création de services reposant sur des monnaies numériques en euros — et des défis liés à la garantie d'accès équitable aux infrastructures. La position affichée par OKX, de neutralité et d'alerte contre une exclusivité publique, rappelle la nécessité d'un dialogue entre autorités monétaires, régulateurs et acteurs industriels afin d'éviter des distorsions de marché.
La dépêche de Cryptoast, qui a rapporté ces propos, souligne l'interaction entre les projets publics de la BCE et les initiatives privées, notamment les développements de stablecoins en euros. Dans ce paysage en recomposition, la France devra veiller à concilier souveraineté monétaire, sécurité des paiements et ouverture à l'innovation.