Un même diagnostic : le prix ne suffit pas à déclencher l’investissement
Deux études publiées quasi simultanément par l’Institut Montaigne et l’Institut Jacques Delors tirent le même constat : l’Union européenne n’a pas de manque d’objectifs climatiques, mais peine à convertir les instruments existants — notamment le système d’échange de quotas d’émission (EU ETS) et les mécanismes du marché électrique — en financements industriels à la hauteur des besoins.
Pour les auteurs, le prix du CO₂ et des certificats électriques ne suffit pas, à lui seul, à attirer les capitaux privés nécessaires à la transformation des procédés et à l’équipement des sites industriels. L’agenda institutionnel est serré : la Commission européenne doit présenter la première série de réformes de l’ETS dans les jours à venir, ce qui rend ces propositions particulièrement opportunes.
Des propositions complémentaires mais convergentes
- L’Institut Montaigne plaide pour une refonte de l’architecture du marché de l’électricité afin de rendre ce marché plus attractif pour les investisseurs privés.
- L’Institut Jacques Delors suggère d’orienter une part sensiblement plus importante des recettes du carbone vers la décarbonation industrielle, pour financer directement la modernisation des usines.
Les deux think tanks mettent en avant que le débat sur l’EU ETS dépasse désormais le strict cadre climatique : il est devenu un enjeu industriel et commercial, avec des conséquences directes pour la localisation des investissements et la réindustrialisation.
« Le débat sur l’ETS a dépassé le cadre du climat. Aujourd’hui, c’est véritablement un sujet industriel et commercial » — Neil Makaroff
Des besoins financiers considérables
Les montants en jeu sont importants. Les études rappellent un ordre de grandeur déjà établi par le rapport Draghi : pour l’industrie européenne, le déficit d’investissement en matière de décarbonation est évalué à environ 500 milliards d’euros sur la période 2025-2040, soit près de 33 milliards d’euros par an.
| Période | Besoin estimé | Moyenne annuelle |
|---|---|---|
| 2025–2040 | 500 milliards € | 33 milliards €/an |
Conséquences pour la France
Un ETS efficace et un marché électrique repensé peuvent jouer en faveur de la France : le pays attire déjà des projets industriels liés à la transition, et un signal carbone robuste accompagné d’instruments de financement ciblés renforcerait l’effet d’appel. À l’inverse, un système inefficace risque d’éroder la compétitivité des sites européens face à des régions aux coûts de décarbonation plus bas ou mieux subventionnés.
Options concrètes à l’agenda
- Réorientation d’une part plus élevée des recettes de quotas vers des fonds de décarbonation industriels.
- Réforme de la tarification de l’électricité pour mieux rémunérer les capacités bas-carbone et attirer les investisseurs privés.
- Mesures ciblées pour réduire le risque perçu par les financeurs et améliorer l’accès au capital pour les industriels en transformation.
La période à venir, marquée par les propositions de la Commission sur l’ETS, sera déterminante : elle peut soit corriger les failles identifiées par ces rapports, soit laisser subsister un déficit de financement susceptible de retarder la décarbonation industrielle européenne.