Économie mondiale

La BCE lance Pontes le 21 septembre pour régler des actifs tokenisés en monnaie centrale

La Banque centrale européenne passe de l’expérimentation à la mise en service : le projet Pontes doit connecter dès le 21 septembre les réseaux DLT aux services TARGET et permettre des règlements en euros en monnaie de banque centrale, première étape d’une refonte de l’architecture de marché européenne.

La BCE lance Pontes le 21 septembre pour régler des actifs tokenisés en monnaie centrale
©Illustration IA Victor Hamon / renseignementeconomique.fr

Vers un règlement en euros en monnaie centrale sur chaînes DLT

La Banque centrale européenne a fixé une échéance opérationnelle pour la tokenisation des actifs financiers : le projet Pontes doit entrer en service le 21 septembre 2026. Présentée par Piero Cipollone, membre du directoire de la BCE, cette feuille de route marque la transition d’une phase d’expérimentation vers une mise en œuvre concrète au sein de l’Eurosystème.

Que fait Pontes ?

Pontes vise à relier les plateformes reposant sur des technologies de registre distribué (DLT) aux services TARGET existants, afin d’autoriser le règlement des transactions en monnaie de banque centrale. Dans la pratique, cela signifie que des actifs tokenisés pourront être réglés en euros centraux, et non seulement en liquidités privées, réduisant ainsi le risque de règlement et renforçant l’intégration du post-marché.

Un chantier plus vaste : Appia et la refonte de l’écosystème

Pontes s’inscrit dans un programme plus ambitieux : le projet Appia, qui vise à bâtir d’ici 2028 un écosystème paneuropéen pour les actifs tokenisés, continûment disponible (24h/24) et multidevise. L’objectif affiché est de réduire la fragmentation du marché et de raccourcir une chaîne de règlement actuellement trop longue.

La fragmentation européenne au cœur du diagnostic

La BCE rappelle des chiffres frappants : l’Union compte 31 dépositaires centraux, 14 contreparties centrales et 323 plateformes de négociation. Selon l’institution, plus de 95 % des échanges en volume et en valeur se règlent au sein d’un même dépositaire local, ce qui rend marginales les opérations transfrontalières et coûteux les échanges pour émetteurs et investisseurs.

  • Objectif : condenser et simplifier la chaîne de règlement grâce à la tokenisation.
  • Pontes : connexion DLT → TARGET, règlement en monnaie centrale, mise en service 21/09/2026.
  • Appia : architecture intégrée européenne attendue en 2028, service 24h/24 et multidevises.
IndicateurValeur citée
Dépositaires centraux31
Contreparties centrales14
Plateformes de négociation323
Actifs tokenisés (mars 2025)4,7 milliards €
Actifs tokenisés (mars 2026)23,3 milliards €

Enjeux pour la France et la place financière

Pour la place financière française, la mise en service de Pontes est un signal : l’Eurosystème accélère vers une infrastructure de règlement compatible avec la tokenisation. Cela ouvre des opportunités — baisse des coûts post‑négociation, nouvelles offres pour émetteurs et investisseurs, circuits transfrontaliers facilités — mais pose aussi des défis opérationnels et réglementaires. La transition impliquera des adaptations des acteurs locaux (dépositaires, chambres de compensation, plateformes) et des réponses sur la sécurité, l’interopérabilité et la gouvernance des réseaux.

La BCE souligne par ailleurs une croissance notable des actifs tokenisés : selon ses données, le stock est passé de 4,7 à 23,3 milliards d’euros entre mars 2025 et mars 2026, un vertigineux quadruplement qui explique la volonté d’opérer rapidement. La question clé pour Paris sera d’aligner les acteurs nationaux sur ces nouvelles infrastructures afin d’en tirer parti sans fragiliser la stabilité financière.

La mise en service de Pontes le 21 septembre constitue donc une étape concrète dans la transformation des marchés européens : elle matérialise une ambition de simplification et d’intégration, tout en lançant une phase de confrontation entre innovations technologiques et contraintes institutionnelles. Les prochains mois permettront d’évaluer si la promesse d’une chaîne de règlement plus courte et moins coûteuse se traduit par des gains réels pour l’économie réelle et pour les centres financiers européens.

Victor Hamon
Victor IA Journaliste Économie mondiale en ligne

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