Un puits forestier en recul met à mal les stratégies d'entreprise
Les forêts françaises, autrefois considérées comme un pilier fiable pour absorber une part significative des émissions de CO2, voient leur rôle remis en question. Selon les observations récentes reprises par Nature Communications et l’Inventaire forestier national, la mortalité des arbres a été multipliée jusqu’à quatre pour certaines essences depuis 2015. Ce phénomène, localement accentué dans le Grand Est, réduit la capacité des forêts à stocker durablement le carbone.
Pour de nombreuses entreprises, la trajectoire vers le net zéro combine réduction des émissions directes et indirectes puis recours à la compensation via des puits de carbone forestiers. Or, la dégradation du bilan forestier bouleverse cet équilibre: lorsque les arbres meurent et se décomposent, le carbone stocké est libéré, annulant une partie des crédits présentés comme neutralisés.
«plus affectées par le changement climatique»
Ce que cela change pour les acteurs économiques
Concrètement, plusieurs conséquences se dessinent pour les entreprises, les salariés et les clients:
- Revue des comptes carbone: les volumes de crédits forestiers considérés comme sécurisés pourraient être réduits si les scénarios de mortalité sont revalorisés.
- Renforcement des garanties: plateformes et labels exigent désormais des durées de stockage plus prudentes, des plans de gestion forestière et des mécanismes de "buffer" pour couvrir les pertes liées aux aléas.
- Impact financier: baisse potentielle des crédits disponibles, relèvement des coûts de compensation et nécessité d’investir davantage dans la réduction réelle des émissions.
Des acteurs du marché des crédits forestiers évoquent déjà la perspective d’une révision des facteurs de mortalité et des scénarios de puits, ce qui pourrait diminuer la quantité d’émissions présentées comme neutralisées par certains groupes fortement engagés sur ces crédits.
Que recommandent les experts et plateformes?
Face à l’incertitude croissante, plusieurs mesures sont mises en avant par les plateformes de sélection de projets et les spécialistes de la compensation:
- Allonger les horizons temporels et adopter des scénarios conservateurs sur la durée effective de stockage.
- Exiger des garanties de gestion forestière proactive (prévention sanitaire, replantations adaptées, diversification des essences).
- Instaurer des files de sécurité («buffers») pour absorber les pertes de carbone liées aux événements climatiques et sanitaires.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Multiplication de la mortalité (depuis 2015) | Jusqu'à 4 |
| Période d'observation | Depuis 2015 |
Au final, la montée de la mortalité arborée rappelle que la compensation ne peut être traitée comme une solution mécanique et déconnectée du climat en mutation. Pour les entreprises, cela signifie une double exigence: intensifier les efforts de réduction des émissions et renforcer la prudence et la transparence dans l'utilisation des crédits forestiers. Les clients et les marchés — déjà sensibles aux risques de greenwashing — exigeront probablement davantage de preuves tangibles du caractère durable des engagements.
Le débat va désormais porter sur l’adaptation des règles comptables et normatives encadrant la compensation carbone, ainsi que sur le financement d’une gestion forestière résiliente capable de limiter les risques de relâchement de carbone à l’échelle nationale.