Une réforme qui redistribue les fins de droit entre CPAS et mutuelle
Entrée en application au début de l'année, la réforme du chômage portée par le gouvernement De Wever limite le droit aux allocations à un maximum de deux ans. Objectif affiché : remettre davantage de personnes en emploi et réaliser des économies budgétaires. Mais sur le terrain, la mesure transforme aussi la nature des aides sollicitées par les personnes arrivant en fin de droit.
Selon le monitoring de l'Onem repris par La Libre, une part non négligeable des exclus a retrouvé un emploi — au premier trimestre, les retours à l'emploi concernaient 10,5 % des exclus en Flandre, contre 9,0 % en Wallonie et 7,5 % à Bruxelles. Mais ces taux masquent une réalité plus complexe : la majorité des fins de droit se tourne vers d'autres ressources, avec des trajectoires très différentes selon les régions.
Des trajectoires régionales divergentes
Le recours au revenu d'intégration sociale (RIS) versé par les CPAS est nettement plus fréquent en Wallonie et à Bruxelles qu'en Flandre : 44,6 % des exclus se sont tournés vers le RIS en Wallonie, 40,8 % à Bruxelles, contre 29,1 % en Flandre. À l'inverse, l'assurance maladie‑invalidité concentre une part plus importante des fins de droit en Flandre — près de 20 % — contre environ 7 % en Wallonie et à Bruxelles.
« le VDAB attribue proportionnellement plus souvent que les autres services régionaux de l'emploi le statut de 'non mobilisable' aux personnes arrivant en fin de droit »
Cette remarque de l'Onem explique en partie les différences : en Flandre, une orientation plus fréquente vers le statut de 'non mobilisable' conduit certains exclus à demander une reconnaissance d'incapacité auprès de leur mutuelle, ouvrant la voie aux indemnités maladie‑invalidité.
Ce que cela change pour les personnes concernées
Le basculement vers le CPAS ou la mutuelle n'est pas neutre financièrement ni socialement. L'Onem note que le montant des indemnités d'incapacité de travail est en général supérieur à celui du RIS, mais la comparaison reste délicate : les montants dépendent des situations individuelles (charges familiales, antécédents professionnels, durée de cotisation, etc.).
- Reprise d'emploi : une minorité retrouve un emploi au court terme, avec des écarts régionaux.
- RIS/CPAS : plus fréquent en Wallonie et à Bruxelles, il assure un filet social mais à un niveau souvent inférieur aux indemnités maladie.
- Mutuelle : en Flandre, la mutuelle devient une voie de recours importante, offrant des indemnisations généralement plus élevées mais soulevant des questions d'accès et de légitimité médicale.
Conséquences pour les acteurs publics et les employeurs
Pour les services publics d'emploi régionaux, cette redistribution modifie les flux et les priorités : orientation vers le CPAS, évaluation de la mobilisabilité, ou déclenchement de procédures d'incapacité. Pour les finances publiques, la réforme peut réduire la dépense chômage mais déplacer des coûts vers d'autres postes (aides sociales locales, prestations maladie‑invalidité). Pour les entreprises, l'impact est indirect : un marché du travail régionalement segmenté, avec des profils de demandeurs d'emploi différents selon la région.
Que retenir ?
La réforme du chômage belge change non seulement la durée d'indemnisation, mais aussi les trajectoires des exclus. Selon l'Onem, les chemins empruntés — emploi, CPAS, mutuelle — varient fortement selon la région, avec des conséquences directes sur le niveau de vie des personnes concernées et sur la répartition des dépenses publiques. À court terme, la mesure déplace et redistribue les problématiques sociales plutôt que de les résoudre de manière uniforme sur l'ensemble du territoire.
| Région | Retour à l'emploi (T1) | Recours au RIS (CPAS) | Recours à la mutuelle |
|---|---|---|---|
| Flandre | 10,5 % | 29,1 % | ~20 % |
| Wallonie | 9,0 % | 44,6 % | ~7 % |
| Bruxelles | 7,5 % | 40,8 % | ~7 % |