Un engagement financier inédit sur dix ans
Le Bénin et le Groupe de la Banque mondiale ont officialisé à Cotonou le lancement d'un cadre de partenariat d'une durée exceptionnelle de dix ans, visant à mobiliser au total 2,6 milliards de dollars sur la période 2027-2036. Adopté à Washington le 16 juin, cet accord est présenté par les autorités et l'institution comme un « modèle » de coopération à plus long terme que les cadres annuels ou pluriannuels habituels.
Des financements immédiats pour débloquer des projets
À l'occasion du lancement ont été signés deux financements initiaux totalisant 320 millions de dollars. Ces décaissements concernent :
- 150 millions pour la phase initiale du projet du barrage hydroélectrique de Dogo-Bis ;
- 170 millions pour un programme dédié à la nutrition infantile.
Ces montants représentent le premier volet opérationnel du cadre et traduisent la volonté de combiner appui aux infrastructures et investissements humains en santé et éducation.
Un fil conducteur : l'emploi
Le document cadre décline trois grands piliers : formation et santé de la main-d'œuvre, accès aux infrastructures et transformation économique portée par le secteur privé. L'objectif transversal affiché est la création d'emplois durables. La représentante résidente de la Banque mondiale, Karine Bachongy, a rappelé que le Bénin doit générer environ 250 000 emplois par an pour absorber l'arrivée des jeunes sur le marché du travail, un défi majeur souligné dans le document.
Le défi de la qualité des emplois
Si la croissance du Bénin est soutenue — le pays est passé au statut de pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure en 2020 et a enregistré une forte expansion entre 2021 et 2025 —, le lien entre croissance et emplois de qualité reste insuffisant. Selon le cadre, en 2025, 80 % des postes créés relevaient de l'économie informelle, ce qui limite l'impact social des gains de croissance observés récemment.
« Sur cette période de dix ans, ce sera plus de 2,6 milliards »
Cette ambition repose aussi sur une stratégie de levier : la Banque mondiale indique qu'une part importante des interventions — environ la moitié — devrait être portée ou complétée par le secteur privé, par un effet d'entraînement des projets publics. C'est la traduction opérationnelle du choix d'orienter une partie notable des ressources vers des projets susceptibles d'attirer des financements privés et de soutenir l'emploi formel.
Conséquences et points d'attention pour le Bénin
Le cadre décennal vise à transformer une « décennie de forte croissance » en progrès social mesurable. Toutefois, plusieurs points méritent une vigilance particulière :
- La conversion de l'investissement en emplois formels et de qualité : il faudra des indicateurs précis et des mécanismes actifs pour réduire la part de l'emploi informel.
- La capacité d'absorption des projets d'infrastructure comme Dogo-Bis, tant en termes de gouvernance que de calendrier et de conformité environnementale et sociale.
- La mobilisation effective des partenaires privés : l'objectif de cofinancement devra être traduit en instruments attractifs et en garanties de stabilité réglementaire.
Au total, le cadre représente une montée en gamme de la coopération entre le Bénin et la Banque mondiale, avec des ambitions financières et structurelles fortes. L'enjeu central pour les autorités béninoises sera d'assurer que ces ressources se traduisent rapidement en services publics améliorés et en emplois durables pour la jeunesse.
| Montant total | Financements initiaux signés |
|---|---|
| 2,6 milliards $ | 320 millions $ (150 M$ Dogo-Bis, 170 M$ nutrition) |