Un bilan bien plus lourd que celui communiqué par Accra
Le Ghana fait face à une révélation lourde de conséquences : le Fonds monétaire international évalue à 1,7 milliard de dollars le déficit généré en 2025 par le programme national d’achat d’or, géré par l’entité GoldBod sous l’égide de la Banque du Ghana. Ce chiffre, consigné dans le rapport pays n°26/213 publié le 4 août, contraste avec la perte de 214 millions de dollars communiquée jusqu’ici par les autorités monétaires, soit un écart supérieur à sept fois.
Un dispositif conçu pour renforcer les réserves mais miné par les coûts
Lancé pour capter la production aurifère nationale et réduire la dépendance au dollar, le mécanisme devait à la fois absorber l’orpaillage informel et alimenter les coffres de la banque centrale. Sur le papier, le Ghana, deuxième producteur d’or du continent, disposait des volumes nécessaires pour constituer un stock stratégique. En pratique, l’exécution a buté sur plusieurs frictions :
- la volatilité des cours internationaux de l’or,
- les marges d’acquisition appliquées lors des achats,
- les coûts de raffinage et de conversion en devises.
Le rapport du FMI souligne que ces éléments, sous‑estimés par le dispositif, ont érodé la rentabilité de la chaîne et creusé le déficit.
Un déficit qui ravive les inquiétudes sur la gouvernance et le reporting
La divergence entre les montants publiés par Accra et ceux constatés par l’institution de Bretton Woods pose une question de transparence. Pour un pays qui est sorti d’un défaut souverain en 2023 et qui bénéficie d’un programme élargi de 3 milliards de dollars avec Washington, l’écart alimente les doutes des partenaires techniques et financiers quant à la fiabilité des statistiques monétaires et des comptes de la banque centrale.
Conséquences possibles pour la stabilité financière régionale
Au‑delà de l’impact domestique, la révélation a un retentissement régional : la gestion des réserves et la crédibilité des institutions monétaires ouest‑africaines sont des facteurs clés pour les investisseurs et les bailleurs. Un mécanisme d’achat d’or déficitaire peut, s’il n’est pas redressé, peser sur les réserves en devises, la notation souveraine et la capacité du pays à honorer ses engagements externes.
Points de vigilance pour les partenaires
Le cas ghanéen illustre la nécessité d’un suivi serré des opérations non conventionnelles des banques centrales et d’un chiffrage prudent des coûts opérationnels. Les enseignements tirés par les partenaires du Ghana et les institutions multilatérales concerneront notamment :
- la transparence des comptes et l’audit indépendant des dispositifs nationaux,
- l’évaluation rigoureuse des risques de marché et des coûts de transformation,
- les modalités de communication en période de programmes avec des créanciers internationaux.
| Source | Chiffre rapporté |
|---|---|
| Autorités ghanéennes (communication antérieure) | 214 millions $ |
| FMI (rapport pays n°26/213, 4 août) | 1,7 milliard $ |
La révélation du FMI devrait accélérer les demandes d’éclaircissements sur la gouvernance du programme GoldBod et pousser à une révision des modalités d’intervention si l’on veut préserver la soutenabilité macroéconomique et la confiance des partenaires internationaux.