Des perspectives court terme soutenues mais des risques structurels persistants
Une mission du Fonds monétaire international, conduite par Charalambos Tsangarides, s’est rendue à Alger du 16 au 30 juin pour les consultations annuelles au titre de l’article IV. Le FMI conclut que la conjoncture immédiate de l’Algérie reste positive, portée par la hausse des prix des hydrocarbures, mais souligne des fragilités macroéconomiques qui appellent des mesures correctrices.
Le rapport met en avant une croissance robuste en 2025, évaluée à 3,9 %, soutenue notamment par des investissements publics importants. Toutefois, cette dynamique masque des déséquilibres : le déficit budgétaire, bien qu’en recul, demeure significatif et la balance extérieure s’est détériorée fortement.
Poussée de l’inflation et financement monétaire
Le FMI note une hausse de l’inflation depuis septembre 2025, imputée à des facteurs spécifiques. Le rapport évoque également un assouplissement des conditions monétaires accompagné d’un accroissement du financement direct de l’État par la Banque d’Algérie, une combinaison qui alerte l’institution sur les risques de second tour inflationniste et de pressions sur la stabilité des prix.
« La croissance est restée robuste en 2025 et atteindrait 3,9 % selon les estimations, soutenue par des investissements importants, tandis que la croissance du secteur des hydrocarbures est restée modérée. L’inflation a augmentée depuis septembre 2025, sous l’effet de la hausse importante du prix des bijoux et de l’augmentation modérée du prix des produits alimentaires »
Sur le plan public, le FMI relève que le déficit budgétaire s’est réduit à 10,5 % du PIB en 2025, une amélioration partielle imputable à des revenus exceptionnels (dividendes d’entreprises publiques et de la Banque d’Algérie) et à une hausse des recettes hors hydrocarbures. Mais l’effort est insuffisant pour stabiliser la trajectoire d’endettement, la dette publique ayant progressé à 52,1 % du PIB.
Une balance courante sous pression
Le FMI met en garde contre une dégradation marquée du compte courant : l’explosion des importations liée à de grands projets publics, combinée à un recul des exportations d’hydrocarbures, a fortement creusé le déficit extérieur et provoqué une forte réduction des réserves internationales. Parallèlement, la prime de change sur le marché parallèle reste élevée malgré des mesures prises par la banque centrale.
« Le solde extérieur courant s’est considérablement détérioré en 2025, en raison de l’envolée des importations, tirée par d’importants investissements publics, et de la baisse des exportations d’hydrocarbures. L’ampleur du déficit extérieur a entraîné une forte réduction des réserves internationales. »
Recommandations et enjeux pour la France
Le FMI préconise la poursuite de réformes afin de : rendre le régime de change plus flexible, consolider les finances publiques, contenir l’inflation et encourager le développement du secteur privé. Pour la France, partenaire économique majeur de l’Algérie, ces recommandations sont cruciales : toute pression sur les réserves et sur la parité informelle du dinar peut compliquer les échanges commerciaux, les investissements français en Algérie et la stabilité des flux énergétiques.
- Priorité budgétaire : réduire durablement le déficit sans s’appuyer sur des revenus exceptionnels.
- Politique monétaire : limiter le recours au financement direct par la banque centrale pour préserver les réserves et la crédibilité.
- Ouverture du change : assouplir le régime pour réduire les distorsions et la prime du marché parallèle.
| Indicateur | Valeur 2025 |
|---|---|
| Croissance | 3,9 % |
| Déficit budgétaire | 10,5 % du PIB |
| Dette publique | 52,1 % du PIB |
En conclusion, le diagnostic du FMI combine une lecture favorable à court terme et un signal d’alarme sur la soutenabilité. Les décisions prises par Alger dans les prochains mois, notamment sur la gouvernance des finances publiques et le régime de change, détermineront la capacité du pays à convertir un regain ponctuel de recettes en une trajectoire de croissance plus résiliente et moins dépendante des hydrocarbures.