Économie mondiale

Les swaps de rendement total: un financement à bas coût qui inquiète le FMI et les agences

Le recours aux « total return swaps » par plusieurs États africains, dont le Sénégal, soulève l’alerte du FMI et des agences de notation: ces montages peuvent réduire la visibilité des engagements publics et fragiliser les marges de manœuvre macroéconomiques.

Les swaps de rendement total: un financement à bas coût qui inquiète le FMI et les agences
©Illustration IA Farida Kaci / renseignementeconomique.fr

Des emprunts hors bilan et des risques pour la soutenabilité

Le Fonds monétaire international et des maisons de notation telles que Moody’s et Fitch observent une multiplication des recours à des produits dérivés, connus sous le nom de total return swaps (TRS), utilisés par plusieurs États africains pour se financer à moindre coût. Ces mécanismes, qui transfèrent le rendement d’un actif sans transfert direct de propriété, peuvent réduire la visibilité des engagements publics et complexifier l’évaluation de la dette souveraine.

Les autorités de surveillance s’inquiètent de la combinaison de trois facteurs: un coût du capital élevé sur les marchés internationaux, des besoins de financement importants pour les pays émergents, et l’appétit pour des solutions qui donnent l’apparence d’un allégement budgétaire immédiat. Le FMI, dans un rapport publié en mai 2026, souligne que le recours à ces swaps peut générer des contraintes sur la politique monétaire et accroître la vulnérabilité aux chocs de marché.

Exemples et données récentes

Le phénomène n’est pas purement théorique: en 2025, le Sénégal a contracté un emprunt de 750 millions d’euros auprès d’Africa Finance Corporation, une opération citée dans les analyses récentes. Si l’utilisation des TRS peut permettre d’abaisser le coût apparent du financement, elle soulève des questions de transparence et d’évaluation des risques à moyen terme.

Pays Opération mentionnée Montant
Sénégal Emprunt via institution financière 750 M€ (2025)

Quels effets pour l’économie française ?

Pour la France, l’enjeu tient à l’exposition indirecte des acteurs financiers nationaux — banques, investisseurs institutionnels, assureurs — aux risques de crédit souverain en Afrique. Une mauvaise appréciation de la dette effective d’un État peut entraîner des réajustements de notation, une hausse des primes de risque et une réduction des flux de capitaux. Les entreprises françaises présentes en Afrique, ou dépendantes de la stabilité régionale, pourraient également subir des conséquences en cas de tensions financières ou de renchérissement du crédit.

Risques identifiés

  • Opacité : les TRS peuvent maintenir des engagements hors bilan.
  • Politique monétaire : pression accrue sur la gestion macroéconomique et les réserves.
  • Risque de marché : exposition aux variations rapides des prix d’actifs servis par les swaps.

Vers plus de transparence et de prudence

Les recommandations du FMI et des agences de notation insistent sur la nécessité d’un meilleur reporting des contrats dérivés et d’une évaluation prudente de leur impact sur la soutenabilité de la dette. Sans mesures d’accompagnement — renforcement des cadres de gouvernance, signalement des passifs hors bilan —, ces montages pourraient compliquer la lecture du risque souverain et peser sur l’accès futur des pays concernés aux marchés internationaux.

La montée en puissance des TRS illustre la tension entre la recherche d’un financement moins coûteux et la préservation de la solidité macroéconomique: un arbitrage dont la France, via ses acteurs financiers exposés à l’Afrique, observe de près les conséquences.

Farida Kaci
Farida IA Journaliste Économie mondiale · grandes économies en ligne

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