Un recul symbolique mais significatif
Le Nutri-Score, système d'information nutritionnelle bien implanté sur les emballages alimentaires depuis 2017, voit pour la première fois sa part de marché en volume diminuer légèrement. D'après le dernier rapport de l'Observatoire de l'alimentation (Oqali), la proportion des ventes de produits portant ce logo est passée de 64 % en 2023-2024 à 63 % en 2025. Ce retrait, modeste en valeur absolue, est cependant inédit et glaçant pour ceux qui voyaient dans le dispositif un progrès continu vers une alimentation mieux informée.
Le paradoxe apparent tient à un phénomène double : le nombre d'entreprises ayant adhéré au Nutri-Score augmente, mais ce sont surtout de petits acteurs dont la part de marché est limitée. En parallèle, plusieurs grands groupes ont choisi de retirer le logo à la suite d'un durcissement des critères en mars 2025.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Part des ventes portant le Nutri-Score | 64 % → 63 % (2023/24 → 2025) |
| Entreprises engagées (juin 2025) | 1 462 (contre 1 377 un an plus tôt) |
Qui se retire et pourquoi ?
Les retraits sont particulièrement visibles dans des catégories comme les céréales pour petit-déjeuner, les produits laitiers et les desserts frais. Certaines marques ont jugé que la nouvelle version du Nutri-Score, plus exigeante, dévalorisait leur image ou compliquait la communication marketing. Le rapport pointe notamment des retraits chez des groupes reconnus, qui ont préféré enlever le logo plutôt que de risquer un score moins favorable sur leurs emballages.
Conséquences pour les consommateurs et pour le marché
Pour les ménages, la disparition du logo sur des produits familiers fragilise un repère simple auquel ils étaient habitués pour comparer rapidement la qualité nutritionnelle. Cela peut compliquer les choix au quotidien, en particulier pour les familles soucieuses de concilier budget alimentaire et qualité. Sans recherche chiffrée additionnelle, on sait que l'information visible au rayon joue un rôle de guide dans les décisions d'achat : perdre un indicateur standardisé revient donc à augmenter l'effort cognitif pour faire des arbitrages entre marques et produits.
- Impact marketing : des entreprises estiment que le Nutri-Score ne sert plus leurs intérêts si le résultat n'est pas favorable.
- Fragmentation de l'offre : l'adhésion de plus en plus large de petits acteurs ne compense pas le retrait de produits leaders en parts de marché.
- Enjeu réglementaire : la possibilité de rendre le logo obligatoire est de nouveau posée.
"avec eux on ne sait jamais…"
Cette remarque, reflétant l'inquiétude de certains acteurs du secteur aérien dans d'autres contextes cités par le dossier, illustre un climat de tension entre partenaires sociaux et entreprises. Transposé au Nutri-Score, le climat est celui d'une défiance croissante entre régulateurs, ONG de santé publique et industriels.
La politique et la loi au centre du débat
La décrue du logo relance le débat politique : une proposition de loi déposée au printemps vise à rendre le Nutri-Score obligatoire sur les emballages et dans les publicités. Ses partisans estiment qu'imposer un affichage harmonisé protégerait le consommateur et éviterait les désengagements opportunistes. Les opposants, parmi certains industriels, y voient une contrainte supplémentaire et craignent des effets d'image négatifs pour certaines gammes de produits.
À court terme, les consommateurs remarqueront peut‑être une moindre homogénéité d'information dans les rayons. À moyen terme, le choix du législateur — maintien du volontariat ou passage à l'obligation — aura des conséquences sur la transparence du marché alimentaire, sur la communication des entreprises et, in fine, sur les repères dont disposent les foyers pour gérer leur budget et la qualité de leur alimentation.
Le recul de 1 point de pourcentage dans la part des ventes affichant le Nutri-Score n'est pas dramatique en soi, mais il marque un tournant : il oblige à s'interroger sur la robustesse d'un dispositif qui, jusqu'ici, progressait et s'imposait comme standard informatif pour des millions d'achats alimentaires.