Ambition massive, mise en œuvre floue
Le Zimbabwe a placé la formation au numérique au cœur de sa stratégie pour dynamiser les petites et moyennes entreprises et répondre au chômage des jeunes. L'exécutif a présenté une feuille de route centrée sur six priorités, dont le développement des compétences, avec l'objectif affiché de former 1,5 million de jeunes aux compétences en codage, intelligence artificielle et données.
Ce qui est annoncé et ce qui manque
Le programme, lancé en avril 2025 par la ministre Tatenda Annastacia Mavetera, réapparaît dans une publication du ministère des Technologies de l'information et de la communication révélée lors d'une réunion nationale des coopératives et des PME à Harare. Mais, quinze mois après le coup d'envoi, aucun bilan intermédiaire n'a été rendu public sur le nombre de personnes réellement formées.
Plus problématique pour les bénéficiaires potentiels : les annonces ne précisent ni les opérateurs de formation retenus, ni les modalités de certification, ni un calendrier de déploiement des formations. Aucun mécanisme spécifique d'insertion professionnelle n'est décrit et aucun employeur privé ne figurait parmi les partenaires fondateurs évoqués au lancement.
« Les rails numériques ont été posés, votre entreprise est le train »
La citation de la ministre illustre l'approche choisie : l'État construit le dispositif de formation et laisse au secteur privé la responsabilité d'absorber les diplômés. Concrètement, cela signifie que l'intégration sur le marché du travail repose largement sur la capacité des entreprises, déjà confrontées à une économie marquée par une forte informalité, à créer des emplois structurés pour ces profils.
Conséquences pour les jeunes et les employeurs
- Pour les jeunes : une perspective de montée en compétences attractive sur le papier, mais sans garantie de reconnaissance formelle ou d'accès à l'emploi.
- Pour les employeurs : une promesse de vivier qualifié, mais sans standards de certification ni validation des acquis, rendant difficile l'évaluation des compétences.
- Pour les politiques publiques : un risque d'écart entre ambition affichée et impact réel si les passerelles vers l'emploi ne sont pas construites.
Éléments synthétiques
| Point | Statut annoncé |
|---|---|
| Objectif de formation | 1,5 million de jeunes |
| Domaines ciblés | Codage, intelligence artificielle, compétences en données |
| Bilan intermédiaire | Non publié |
| Partenaires privés | Aucun employeur privé cité parmi les fondateurs |
| Certification / opérateurs | Non précisés |
Pourquoi cela compte
Sur le papier, le plan répond à un besoin évident : des compétences numériques pour moderniser les PME et offrir des trajectoires professionnelles aux jeunes. Dans les faits, l'absence d'information sur la qualité, la certification et les liens avec l'emploi transforme une promesse en pari. Sans validations externes et sans dispositifs d'accompagnement vers l'embauche ou la création d'emplois formels, le risque est que la majorité des bénéficiaires rejoignent une économie déjà saturée par l'informel, sans amélioration réelle de leurs revenus ou de leurs perspectives professionnelles.
Pour que l'ambition se traduise en résultats concrets, il faudra des indicateurs publics réguliers, l'implication de centres de formation accrédités, des certifications reconnues et des partenariats avec des employeurs capables d'absorber ces compétences. À défaut, le train numérique risque de circuler, mais sans passagers.