La Banque de France dresse un constat clair dans son dernier bulletin : si la hausse des défaillances d'entreprises s'est modérée en 2025, leur niveau demeure notablement supérieur aux normales observées avant la pandémie. L'institution recense 68 602 procédures enregistrées l'année dernière, soit une progression de 3,6% par rapport à 2024.
Un phénomène qui dépasse le simple rattrapage post‑Covid
Après des rythmes de croissance des défaillances particulièrement soutenus en 2022, 2023 et 2024 (+≈50% en 2022, +36,5% en 2023, +17,7% en 2024), l'évolution 2025 traduit un ralentissement relatif mais pas un retour à la situation d'avant crise. Le niveau observé reste supérieur d'environ 15% à la moyenne de 2010‑2019 et dépasse les pics enregistrés lors de la crise financière de 2008 ou de la crise des dettes souveraines (2010‑2012).
La Banque de France rappelle que les mesures de soutien pendant la crise sanitaire avaient réduit un nombre important de faillites potentielles : elle évalue à 53 000 les défaillances évitées entre 2020 et 2022. Cependant, selon l'étude, cet effet de rattrapage est «largement consommé» pour l'essentiel des catégories d'entreprises, à l'exception des microentreprises.
«Les difficultés observées en 2025 reflètent davantage l'impact des chocs successifs subis depuis la crise sanitaire, qui ont fragilisé certaines entreprises à travers leur endettement, des pertes de chiffre d'affaires et un besoin accru de reconstitution des marges et des trésoreries», a expliqué Emilie Quema, directrice des Entreprises de la Banque de France.
Microentreprises et endettement : des signes de fragilité persistants
Les microentreprises représentent une majorité écrasante des cas : elles constituent 92% des défaillances recensées en 2025. Pour cette catégorie, l'effet de rattrapage n'est pas achevé et la vulnérabilité reste élevée. Pour les autres segments — TPE, PME, ETI et grandes entreprises —, l'étude souligne que le surplus de défaillances constaté depuis 2023 dépasse le déficit induit par la crise sanitaire, ce qui pointe vers des causes plus profondes.
- Facteurs conjoncturels : baisse d'activité, pertes de chiffre d'affaires et pressions sur la trésorerie.
- Facteurs structurels : endettement accru et marges comprimées après une succession de chocs (pandémie, perturbations des chaînes d'approvisionnement, contextes géopolitiques et inflationnistes).
- Impact différencié : microentreprises plus exposées, entreprises plus grandes affectées par l'endettement accumulé.
L'analyse statistique met en lumière une élévation du niveau d'endettement des entreprises défaillantes : le taux d'endettement médian est passé de 25% en 2019 à 31% en 2025, signe d'une fragilisation financière progressive.
| Année | Variation annuelle des défaillances |
|---|---|
| 2022 | ≈ +50% |
| 2023 | +36,5% |
| 2024 | +17,7% |
| 2025 | +3,6% (68 602 cas) |
Conséquences pour le secteur bancaire et les assureurs
Pour les banques et les assureurs-crédit, ces tensions se traduisent par un niveau de risque de crédit encore élevé, même si la dynamique d'accélération des défaillances s'est atténuée. La persistance d'un endettement plus élevé et la concentration des difficultés sur les microentreprises invitent les établissements financiers à affiner leur surveillance sectorielle et leur politique de provisionnement. Les acteurs du financement et de l'assurance devront également prendre en compte la nécessité de solutions spécifiques pour les très petites structures, souvent moins armées pour absorber des chocs de trésorerie.
En synthèse, la Banque de France met fin à l'idée d'un simple «effet de rattrapage» : la hausse des défaillances en 2025 traduit désormais des fragilités durables, liées à l'accumulation des chocs économiques depuis la crise sanitaire et à une structure d'endettement plus lourde pour les entreprises concernées.