Washington décrit un réseau de contournement des barrières tarifaires impliquant des pays tiers
La Maison‑Blanche a publié le 13 août un rapport du Bureau de la politique commerciale et industrielle (OTMP), dirigé par Peter Navarro, qui pointe des pratiques visant à masquer l'origine réelle de marchandises destinées aux États‑Unis. Intitulé
"The Great Transshipment Scam", le document identifie plus de 40 pays présentant un risque élevé de transbordement illégal — un procédé par lequel des produits voient leur origine douanière modifiée via un assemblage, un reconditionnement, un réétiquetage ou une simple nouvelle facturation.
Parmi les États mentionnés explicitement figurent le Maroc et le Kenya, classés dans la catégorie des « petites cibles opportunistes ». Selon la Maison‑Blanche, ces deux pays, bien que représentant des volumes moins importants, disposent d'un ensemble d'atouts logistiques — zones franches, infrastructures portuaires et entrepôts sous douane — susceptibles de faciliter le réacheminement de marchandises originaires de Chine vers le marché américain.
Pourquoi le Maroc et le Kenya sont cités
Le rapport distingue plusieurs niveaux de hubs ou plateformes par leur taille et leur rôle dans le commerce mondial. Le Maroc est mis en lumière à un moment sensible pour Rabat : l'accord de libre‑échange avec les États‑Unis et l'arrivée d'industriels chinois sur son territoire ont contribué à transformer le Royaume en une plateforme industrielle compétitive. Washington y voit désormais un risque de « relais » permettant d'échapper à des droits de douane imposés aux exportations directes de Chine vers les États‑Unis.
- Nature du risque : modification artificielle de l'origine douanière (réétiquetage, assemblage minimal, reconditionnement).
- Atouts identifiés : zones franches, capacités d'entreposage sous douane, ports et infrastructures logistiques.
- Conséquence : surveillance renforcée et potentielles mesures commerciales ciblées.
Une cartographie des risques par niveaux
Le rapport cartographie les pays selon trois niveaux — grands hubs, plateformes intermédiaires et petites « cibles opportunistes » — et liste des pays représentatifs pour chaque catégorie.
| Catégorie | Exemples cités |
|---|---|
| Grands hubs commerciaux | Canada, Mexique, Union européenne, Japon, Corée du Sud, Inde, Israël |
| Plateformes intermédiaires | Vietnam, Malaisie, Thaïlande, Indonésie, Turquie, Brésil |
| Petites cibles opportunistes | Maroc, Kenya |
Enjeux pour l'économie et les chaînes de valeur
Pour les acteurs économiques européens et français, cette mise en garde américaine complique les relations commerciales. Elle ouvre la porte à un contrôle renforcé des importations, à des enquêtes sur l'origine des produits et, potentiellement, à des restrictions ciblées. Les entreprises implantées dans des « hubs » ou qui externalisent des opérations d'assemblage vers des pays tiers devront intensifier leur conformité douanière et leur traçabilité afin d'éviter des ruptures d'accès au marché américain.
Enfin, ce rapport illustre la montée en tension autour des chaînes d'approvisionnement mondiales : les barrières tarifaires ne se limitent plus à des droits ad valorem, elles déclenchent des dispositifs de surveillance géographique et opérationnelle. Pour les économies africaines visées, l'accusation risque d'alimenter des débats diplomatiques sur la souveraineté industrielle et la légitimité des investissements étrangers.