Les Forges de Tarbes, site industriel qui produit les corps d’obus destinés notamment au canon Caesar de 155 mm, se trouvent au cœur d’une situation préoccupante liée à la santé financière de leur maison mère. Une annonce de pertes importantes chez Europlasma et des témoignages sur l’absence d’investissements programmés jettent une ombre sur l’avenir de cette unité.
Des pertes chez la maison mère, des conséquences directes
Le 11 juin, la société mère Europlasma a déclaré une perte nette de 35 millions d’euros pour l’exercice 2025. Dans un groupe industriel, des pertes de cette ampleur entraînent fréquemment des réorganisations et des réductions d’activités. Depuis 2021, Europlasma est propriétaire des Forges de Tarbes et a obtenu un soutien financier et contractuel du ministère des Armées, incluant un engagement sur la fourniture sur dix ans. Malgré cela, plusieurs sources évoquent un carnet de commandes n’assurant que deux mois d’activité et l'absence des investissements de modernisation prévus à l’achat.
Ce que disent les autorités et les acteurs
« en bonne santé »
Officiellement, le ministère des Armées assure que l’entreprise est « en bonne santé » et qu’aucune menace d’existentialité ne pèse sur le site. Des enquêtes journalistiques et des témoignages recueillis évoquent cependant une réalité plus fragile : matériel non modernisé, files d’activité courtes et épisodes de restructuration au sein du groupe, comme le montre le placement en redressement judiciaire de la Fonderie de Bretagne, une autre filiale du groupe.
Une fragilité structurelle du tissu PME de la défense
L’exemple des Forges de Tarbes illustre un phénomène plus large : derrière les grands maîtres d’œuvre du secteur — Airbus, Arianespace, Arquus, Dassault, MBDA, Naval Group, Safran et Thales — se trouve un réseau de plus de 3 000 entreprises plus petites, souvent dépendantes de quelques contrats militaires et exposées aux aléas financiers de leurs donneurs d’ordre.
- Concentration : huit grands acteurs captent environ 80 % du chiffre d’affaires du secteur, selon l’Insee.
- Dépendance : pour de nombreuses PME, la production militaire ne constitue qu’une part limitée du chiffre d’affaires.
- Risque industriel : manque d’investissements et carnets de commandes insuffisants peuvent rapidement conduire à des plans sociaux ou à la défaillance.
Chiffres clés
| Élément | Valeur |
|---|---|
| Part du chiffre d’affaires capté par les 8 maîtres d’œuvre | 80 % |
| Part moyenne de la production militaire pour les PME | 17 % (PME) / 19 % (entreprises de taille intermédiaire) |
Enjeux pour la souveraineté et la chaîne d’approvisionnement
Les Forges de Tarbes fabriquent un composant essentiel des munitions utilisées par l’armée. La disparition ou l’affaiblissement prolongé d’un tel site obligerait l’État et les grands donneurs d’ordre à reconfigurer des chaînes d’approvisionnement souvent longues et peu redondantes. À court terme, cela pose un risque opérationnel : capacités de production limitées et dépendance accrue à des fournisseurs étrangers ou à des relocalisations coûteuses. À moyen terme, l’effritement du tissu industriel des PME de défense réduit la résilience technologique et la maîtrise de savoir-faire critiques.
Que reste-t-il à faire ?
La situation demande des réponses coordonnées : suivi rapproché des carnets de commandes, vérification de l’application des engagements d’investissement pris à l’acquisition, et, si nécessaire, interventions ciblées pour préserver les capacités industrielles stratégiques. Le cas illustre également la nécessité d’une politique industrielle plus fine, capable de soutenir non seulement les grands groupes mais aussi les sous-traitants et PME dont la pérennité conditionne la souveraineté opérationnelle.
Sans mesure corrective, l’affaire des Forges de Tarbes pourrait devenir un précédent : un maillon stratégique du dispositif de défense français fragilisé par les difficultés financières de sa maison mère et par un modèle industriel où la production militaire n’est souvent qu’une portion du chiffre d’affaires des petites entreprises.