La présence des produits locaux ne suffit pas à transformer les comportements d'achat
Un rapport conjoint de la Direction départementale des territoires (DDT) de Loir‑et‑Cher et de l'Observatoire de l'économie et des territoires, rendu public le 17 août 2026, dresse un état des lieux précis de l'offre locale dans les grandes et moyennes surfaces (GMS) du département. Si la plupart des magasins affichent une offre locale, sa pondération économique reste très faible : 1,6 % du chiffre d'affaires en moyenne.
Concrètement, la présence de produits en rayon ne se traduit pas automatiquement par un poids significatif dans les ventes. L'étude a recensé une centaine de producteurs et transformateurs approvisionnant les GMS du département et montre que la concentration des ventes se fait autour de quelques familles de produits.
« Cependant, ces produits demeurent quantitativement modestes dans l’activité des magasins, avec une part moyenne de 1,6 % du chiffre d’affaires »
Trois catégories concentrent l'essentiel du marché local : boucherie‑charcuterie‑volailles, fruits et légumes et crémerie, qui représentent plus de 80 % du chiffre d'affaires issu des produits locaux vendus en approvisionnement direct. Autrement dit, les autres segments (épicerie, produits transformés, boissons, etc.) restent très peu couverts par l'approvisionnement local.
Des freins structurels et une définition du « local » hétérogène
L'enquête met en lumière plusieurs obstacles : difficulté à identifier et mettre en relation les producteurs avec les enseignes, problèmes logistiques, et faible lisibilité de l'offre pour le consommateur. La notion même de « produit local » diffère d'une enseigne à l'autre : la plupart s'appuient sur un critère de distance souvent compris entre 70 et 150 km, la valeur la plus fréquemment retenue étant 100 km. D'autres exigences peuvent s'ajouter, comme des labels, des cahiers des charges ou des critères de taille d'entreprise.
- Présence en magasin : 8 GMS sur 10 proposent des produits locaux.
- Part de marché : en moyenne 1,6 % du chiffre d'affaires provenant de l'offre locale.
- Concentration : plus de 80 % du CA local provient de trois familles de produits.
Le rapport note également des disparités dans le nombre de fournisseurs référencés par magasin : selon les répondants, ce nombre varie entre 10 et 44 producteurs identifiés par point de vente. Ces écarts témoignent des capacités variables des enseignes à tisser des réseaux d'approvisionnement de proximité.
Conséquences pour les consommateurs et les producteurs
Pour le consommateur, une offre locale limitée en volume signifie que l'impact sur le budget alimentaire est limité : même si l'on trouve des produits de proximité, ils ne suffisent pas à redistribuer significativement les dépenses vers les filières locales. Pour les producteurs, la présence en GMS reste une porte d'accès intéressante mais insuffisante si elle ne s'accompagne pas d'un volume commercial suffisant et d'une relation long terme avec les acheteurs.
| Indicateur | Valeur (Loir‑et‑Cher) |
|---|---|
| Magasins proposant du local | 8/10 |
| Part moyenne du CA | 1,6 % |
| Part du CA local due à 3 familles | > 80 % |
| Nombre de producteurs référencés par magasin | 10 à 44 |
| Critère de distance pour « local » | 70–150 km (souvent 100 km) |
Ces données invitent à nuancer les discours simplistes : la présence d'étiquettes « local » ne garantit pas une part économique significative pour les filières. Les leviers pour accroître cette part sont connus mais demandent des actions coordonnées : simplification des approvisionnements, logistique dédiée, accompagnement des producteurs aux cahiers des charges des enseignes, et meilleure lisibilité de l'offre pour les consommateurs.
Quelles pistes pour augmenter la part des produits locaux ?
À partir des constats de l'étude, plusieurs pistes émergent sans prétendre être exhaustives :
- mieux cartographier et faciliter la mise en relation entre producteurs et centrales d'achat ;
- investir dans des solutions logistiques adaptées aux petits volumes et aux circuits courts ;
- harmoniser les définitions du « local » pour améliorer la lisibilité pour le consommateur ;
- soutenir les capacités de production et de transformation pour diversifier l'offre au‑delà des trois familles dominantes.
Si la dynamique territoriale observée en Loir‑et‑Cher donne des raisons d'espérer, elle montre surtout que l'inscription durable des produits locaux dans la grande distribution passera par des mesures structurelles et un ajustement des modèles commerciaux — sans quoi leur présence restera, en pratique, marginale.