Les marchés obligataires font face à un dilemme : guerre, pétrole et inflation
La reprise des combats impliquant les États-Unis, Israël et l'Iran a fait grimper les prix de l'énergie de près de 10 % sur une semaine, mais elle n'a pas profondément modifié les anticipations des stratégistes interrogés par Reuters sur l'évolution des rendements du Trésor américain. Malgré les tensions géopolitiques et le regain des risques inflationnistes, la majorité des experts tablent toujours sur une baisse des rendements à court terme au cours des mois à venir.
Où en sont les taux ?
Sur le marché, le rendement de référence à 10 ans a grimpé vers 4,6 %, tandis que celui à 30 ans est repassé au-dessus de 5,0 %. Le rendement à 2 ans, plus sensible aux variations des taux directeurs de la Réserve fédérale, se situe actuellement juste en dessous d'un sommet de 18 mois à 4,20 %.
« Au cours des prochains mois, nous prévoyons que les rendements du Trésor seront largement stables, voire légèrement inférieurs, portés par la partie courte de la courbe...»
Cette phrase, reflétant le ton du sondage réalisé du 6 au 9 juillet, souligne la conviction d'une large part des stratégistes : les prix du pétrole peuvent pousser l'inflation à rester au-dessus de l'objectif de la Fed, mais cela n'empêche pas un ajustement à la marge des rendements longs et courts.
Anticipations de taux et scénario des marchés
Les marchés financiers ont désormais totalement écarté l'hypothèse de baisses de taux de la Fed dans l'immédiat après le déclenchement de la crise au Moyen-Orient. Ils anticipent au contraire environ une à deux hausses d'un quart de point cette année. Malgré cela, les stratégistes interrogés restent relativement constants dans leurs prévisions :
- rendement à 2 ans : descente attendue à 4,00 % dans trois mois,
- puis 3,90 % dans six mois,
- et 3,85 % dans un an.
Pourquoi cette résilience des perspectives obligataires ?
Plusieurs facteurs expliquent ce relatif consensus : d'une part, la conviction que la Réserve fédérale n'accélérera pas immédiatement une politique plus restrictive malgré les risques inflationnistes ; d'autre part, la lecture par les investisseurs d'un affaiblissement progressif de la demande qui devrait, à terme, soulager les pressions sur les prix.
Conséquences concrètes pour les économies et les acteurs français
La trajectoire des rendements américains est importante pour la France et la zone euro : elle influence le coût du crédit international, les taux des obligations souveraines européennes et peut modifier les flux de capitaux. Une stabilité ou une légère baisse des rendements à court terme pourrait :
- maintenir des conditions de financement relativement supportables pour les États et les entreprises ;
- réduire la pression sur les taux hypothécaires et le crédit à la consommation ;
- mais laisser subsister le risque d'une inflation plus élevée que prévu si les prix de l'énergie restent tendus.
| Échéance | Niveau actuel / Observé | Prévision (sondage) |
|---|---|---|
| 2 ans | ~4,20 % (juste en dessous du sommet) | 4,00 % (3 mois) → 3,90 % (6 mois) → 3,85 % (1 an) |
| 10 ans | ~4,6 % | - |
| 30 ans | >5,0 % | - |
En somme, si la flambée des prix du pétrole a brièvement poussé les rendements vers le haut, elle n'a pas suffi à déraciner l'idée dominante : les bons du Trésor pourraient plutôt se stabiliser, voire se tendre légèrement à la baisse sur la partie courte de la courbe, en dépit d'un contexte géopolitique et inflationniste plus nerveux.
Claire Fontaine
Renseignement Économique — rubrique Économie