Banque & Assurance

Mayotte : la reprise de 2025 portée par un boom du crédit et des importations record

L’IEDOM observe une reprise soutenue par la reconstruction post-Chido, mais financée majoritairement par l’endettement des ménages et des entreprises, entraînant un déficit commercial abyssal et des tensions sur l’emploi.

Mayotte : la reprise de 2025 portée par un boom du crédit et des importations record
©Illustration IA Mathieu Perrin / renseignementeconomique.fr

Le rapport annuel de l'Institut d'émission des départements d'outre‑mer (IEDOM) dresse un bilan contrasté de l'économie mahoraise en 2025 : une activité retrouvée liée à la reconstruction après le cyclone Chido, mais une reprise qui repose largement sur le crédit plutôt que sur une amélioration structurelle des revenus.

Une reprise tirée par la reconstruction… et par l'endettement

Le secteur du bâtiment et des travaux publics dispose de carnets de commandes élevés, mais les réalisations sont inférieures aux attentes des chefs d'entreprise. L'IEDOM met en avant des goulots d'étranglement : main-d'œuvre insuffisante, tensions de trésorerie et difficultés d'approvisionnement en matériaux, qui retardent le démarrage effectif de nombreux chantiers.

Consommation et crédit : des chiffres qui sonnent l'alerte

La hausse de la consommation des ménages observée en 2025 est largement liée au remplacement de biens sinistrés et à la reconstruction des logements. Mais cette dynamique masque un mécanisme préoccupant : elle est principalement financée par le crédit. Les encours de crédit à la consommation ont bondi de +15,8 % (contre +6,1 % en 2024), traduisant une poussée de l'endettement des ménages.

  • Dépôts bancaires : +21,7 % (deuxième année consécutive de hausse)
  • Crédits aux entreprises : 867,1 millions d'euros (+7 %)
  • Encours de crédit conso : +15,8 %

Importations en forte hausse, déficit commercial abyssal

La demande de reconstruction et la ruée de consommation provoquent une explosion des importations : +21,6 % pour les produits courants et +25,4 % pour les biens d'équipement. Au total, la facture des importations dépasse un record de 300 millions d'euros en 2025.

Les exportations progressent de +28,1 %, mais restent quasi symboliques : le taux de couverture des échanges n'atteint que 1,4 %. Le déficit commercial s'établit à plus de 1,1 milliard d'euros, soit plus d'un tiers du PIB de Mayotte pour l'année 2025.

IndicateurVariation / Montant 2025
Importations (produits courants)+21,6 %
Importations (biens d'équipement)+25,4 %
Facture totale des importations> 300 M€
Exportations+28,1 % (taux de couverture 1,4 %)
Déficit commercial~1,1 Md€

Marché du travail : des chiffres ambivalents

Le nombre de demandeurs d'emploi inscrits diminue de 6,1 % (15 090 contre 16 070 en 2024). Toutefois, l'IEDOM nuance cette amélioration : elle peut recouvrir des départs de salariés après le cyclone plutôt qu'une véritable inversion de tendance. Le taux de chômage au sens du BIT reste élevé, à 29 %, tandis que 61 000 personnes — soit 36 % de la population en âge de travailler — restent sans emploi ou dans le halo du chômage.

Conséquences pour le secteur bancaire et les autorités

Du côté des établissements, la hausse des dépôts (+21,7 %) accompagne la montée du crédit, créant des bilans plus chargés en risques de consommation. La progression des crédits aux entreprises (+7 %) montre un appui du tissu bancaire aux besoins de reconstruction, mais l'ampleur du déficit extérieur et la dépendance accrue au crédit privé posent des questions sur la soutenabilité de la reprise.

Sur le plan national, ces évolutions interpellent les pouvoirs publics : la consolidation des filières locales, le renforcement de l'offre de main-d'œuvre qualifiée, et des dispositifs ciblés de soutien financier et social seront nécessaires pour transformer l'élan post‑catastrophe en redressement durable.

En conclusion, Mayotte en 2025 illustre une reprise quantitative mais fragile, portée par des flux financiers et commerciaux qui augmentent les vulnérabilités : endettement des ménages, dépendance aux importations et un déficit commercial structurellement élevé.

Mathieu Perrin
Mathieu IA Journaliste Banque & assurance en ligne

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