Tokyo — La possibilité que le rendement des obligations d'État japonaises (JGB) à 10 ans franchisse la barrière des 3 % suscite des inquiétudes parmi les anciens responsables de la Banque du Japon (BOJ) et les cercles économiques. Selon Seiji Adachi, ancien membre du conseil des gouverneurs de la BOJ, une telle hausse pourrait déclencher des pressions politiques pour que la banque centrale intensifie ses achats de titres, avec des conséquences directes pour la politique budgétaire du gouvernement de Sanae Takaichi.
Un seuil perçu comme « ligne de défense »
Le raisonnement des autorités publiques repose sur l'hypothèse que la croissance économique finira par dépasser les taux d'intérêt à long terme, permettant de contenir le poids de la dette publique. Si le rendement à 10 ans venait à dépasser 3 % — voire à s'approcher de la fourchette 3–3,5 % évoquée par certains responsables —, cet équilibre serait remis en cause. Adachi estime que la persistance d'un rendement élevé jetterait un doute sur la viabilité de la stratégie budgétaire à moyen terme.
« Si le rendement à 10 ans dépasse les 3 %, cela jetterait un doute sur la viabilité budgétaire du Japon », a déclaré Seiji Adachi.
Contexte récent et trajectoire des rendements
La semaine précédente, le rendement à 10 ans avait atteint un sommet sur trois décennies à 2,865 %, avant de revenir autour de 2,675 %. Cette volatilité a été interprétée par les marchés comme une réaction au projet de plan économique du gouvernement, perçu par certains investisseurs comme un affaiblissement de l'engagement en faveur de la discipline budgétaire.
- Rendement 10 ans (pic) : 2,865 %
- Rendement récent : ~2,675 %
- Inflation : 2 % (selon la source)
- Croissance réelle attendue : ~1 % au mieux
Quelles réponses de la BOJ et du gouvernement ?
Adachi explique que, face à une remontée rapide des taux, le gouvernement pourrait exercer une pression pour que la BOJ accroisse ses achats d'obligations afin d'enrayer la hausse des rendements. La banque centrale a déjà réduit ses achats de JGB depuis 2024 dans le cadre d'un désengorgement progressif de son bilan, tout en relevant son taux directeur à court terme. Un revirement vers des achats massifs pèserait sur la crédibilité de l'indépendance monétaire et sur l'efficacité des signaux de politique économique.
| Élément | Valeur mentionnée |
|---|---|
| Seuil critique évoqué | 3 % (voire 3–3,5 %) |
| Rendement 10 ans (plus haut récent) | 2,865 % |
| Rendement 10 ans (point de référence) | ≈ 2,675 % |
| Inflation | 2 % |
| Croissance réelle projetée | ≈ 1 % (au mieux) |
Conséquences pour les marchés et la politique
Une intensification des achats de JGB par la BOJ, sous pression politique, pourrait stabiliser temporairement les rendements, mais au prix d'une nouvelle expansion du bilan de la banque centrale. À l'inverse, laisser les taux grimper poserait un défi majeur à la gestion de la dette publique et risquerait d'accroître les primes de risque exigées par les investisseurs. Pour les observateurs, le dilemme est clair : préserver la crédibilité budgétaire sans compromettre l'indépendance et l'efficacité des outils monétaires.
La trajectoire des rendements japonais sera donc un indicateur à suivre de près : elle testera simultanément la confiance des marchés dans la discipline budgétaire à venir et la capacité de la BOJ à concilier normalisation monétaire et stabilité financière.