Une licorne européenne qui alimente l'IA avec des données à grande échelle
Oxylabs, startup lituanienne fondée en 2015, a annoncé une levée de 130 millions de dollars menée par Warburg Pincus LLC, qui porte sa valorisation à 3,6 milliards d'euros. Ce tour, premier financement externe majeur pour l'entreprise, confirme la position d'Oxylabs comme acteur clef de l'infrastructure de collecte et de traitement de données pour les développeurs d'intelligence artificielle.
La société se présente comme une plateforme capable de traiter « des milliards de requêtes par jour » et affirme disposer d'un accès à 175 millions d'adresses IP d'appareils grand public, capacité qu'elle qualifie de réalisée « de manière éthique ». Oxylabs propose aussi des outils conçus pour contourner les protections anti-scraping mises en place par certains sites web, afin de maintenir un flux continu de données publiques utilisables pour l'entraînement des modèles.
« En réalité, il existe des pétaoctets d'informations non personnelles — comme les données de commerce électronique — qui sont tout aussi importantes. Les jeux de données ne représentent qu'une infime partie de notre activité. Nous sommes avant tout un fournisseur d'infrastructures. »
Du point de vue économique, l'entreprise met en avant des chiffres qui renforcent la lecture d'une scale‑up devenue infrastructure critique : 350 000 clients dans le monde et des revenus récurrents annoncés à 350 millions d'euros par an. Les fonds levés serviront, selon Oxylabs, à accélérer le développement de ses outils et son expansion internationale.
Enjeux et interrogations autour du modèle
Le modèle d'Oxylabs repose sur la vente d'outils d'accès et de collecte massive de données publiques — des « pioches et pelles » pour la ruée vers les données, comme aime le dire l'entreprise. Ce positionnement soulève deux questions :
- Légitimité et conformité : comment cadrer une collecte à très grande échelle dans un paysage réglementaire européen de plus en plus exigeant en matière de protection des données et de la propriété des contenus ?
- Durabilité commerciale : comment maintenir des revenus élevés tout en investissant dans des technologies qui doivent sans cesse évoluer pour contourner ou respecter les barrières techniques et juridiques mises en place par les éditeurs de contenus ?
Les responsabilités sont partagées : Oxylabs affirme privilégier les données non personnelles et se positionner comme fournisseur d'infrastructures plutôt que comme propriétaire de jeux de données. Reste à voir comment les clients (développeurs et entreprises d'IA) et les régulateurs européens interpréteront cette articulation dans les mois à venir.
Chiffres clés
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Montant levé | 130 M$ |
| Valorisation | 3,6 Md€ |
| Clients | 350 000 |
| Revenus récurrents | 350 M€ par an |
| Adresses IP accessibles | 175 M |
Cette opération illustre la dynamique de financement autour des infrastructures dédiées à l'IA en Europe : au moment où les besoins en données massives explosent, les sociétés capables de fournir un accès fiable et à grande échelle attirent des investisseurs internationaux. Pour la France et l'Europe, l'émergence de ce type de champions pose la double nécessité de soutenir des filières souveraines tout en clarifiant les règles encadrant la collecte et l'usage des données à grande échelle.
La trajectoire d'Oxylabs dans les prochains trimestres sera à suivre, tant sur le plan commercial que réglementaire : maintenir la croissance tout en restant dans les clous des normes européennes constituera un test majeur pour ce nouvel acteur de l'IA.