Un apparent statu quo sur les prix
Le dernier baromètre Circana/LSA, rendu public le 17 septembre 2026, montre un chiffre frappant: l’inflation des produits de grande consommation et du frais libre-service est de 0 % sur un an en septembre, pour le troisième mois consécutif. Sur un mois, les prix reculent même de 0,4 %. Mais derrière ces moyennes se dessinent des trajectoires différentes selon les circuits: hypermarchés stables, supermarchés -0,2 %, e-commerce +0,3 % et proximité +0,9 %.
Un calme trompeur avant les négociations
Emily Mayer, directrice Business Insights chez Circana, avertit que cette situation ne devrait pas durer et que l’inflation pourrait remonter autour de 2,5 % après la période des négociations annuelles. Pour le consommateur, cela signifie que l’addition payée en caisse — pain, produits laitiers, légumes, lessive — pourrait repartir à la hausse si les centrales d’achat obtiennent des baisses de prix auprès des fournisseurs, ou inversement rester stable si ces derniers parviennent à préserver leurs marges.
« l’inflation nulle dure depuis trois mois et n’évoluera probablement qu’à la marge avant la fin des négociations commerciales. »
Ce qui se joue pour les fournisseurs
Pour une PME agroalimentaire ou un industriel, le contexte est clair: ce n’est pas le niveau actuel des prix qui compte tant que la convention annuelle qui fixe les prix applicables à partir du 1er mars. Le fournisseur ne doit pas subir cette négociation. Le droit commercial met à sa disposition des outils précis pour résister aux demandes excessives des centrales:
- les conditions générales de vente (CGV) comme socle unique des accords ;
- l’interdiction du prix abusivement bas et du déséquilibre significatif des relations contractuelles ;
- l’encadrement de la rupture brutale (y compris partielle) et des pratiques de déréférencement.
Impact concret sur le pouvoir d’achat
Concrètement, pour un foyer, la différence entre rester à une inflation nulle et basculer vers +2,5 % peut représenter plusieurs dizaines d’euros par mois sur le budget alimentation. Par exemple, si un foyer dépense 400 € par mois en produits de grande consommation, une inflation de 2,5 % ajouterait environ 10 € par mois. À l’échelle d’un ménage modeste, ces dizaines d’euros pèsent sur l’équilibre budgétaire.
Stratégies et risques pour la filière
Les fournisseurs ont donc intérêt à préparer leurs CGV, à documenter leurs coûts et à chiffrer l’impact d’un déréférencement pour pouvoir obtenir réparation si nécessaire. Sinon, la pression des centrales peut conduire à des réductions de gamme, moins de promotions ciblées, ou des arbitrages sur la qualité qui finiront par se répercuter sur le prix payé par le consommateur.
| Circuit | Variation mensuelle | Variation annuelle |
|---|---|---|
| Hypermarchés | stable | 0 % |
| Supermarchés | -0,2 % | 0 % |
| E‑commerce | +0,3 % | 0 % |
| Proximité | +0,9 % | 0 % |
Ce qu’il faut retenir
Le gel apparent des prix ne garantit pas le maintien du pouvoir d’achat: les véritables marges de manœuvre se joueront durant la négociation annuelle, autour de la convention et des CGV. Pour les Français, l’enjeu est simple: si les fournisseurs cèdent sous la pression, le prix en rayon pourrait remonter. Si les fournisseurs tiennent et que les centrales acceptent des ajustements, le gel des prix pourrait perdurer. Dans tous les cas, l’équilibre entre disponibilité, qualité et prix dépendra autant des accords contractuels que de l’évolution des coûts réels supportés par les entreprises.