Des mesures insuffisantes malgré un cadre renforcé en 2025
Les organisations syndicales appellent à une révision urgente des règles qui encadrent la protection des travailleurs contre la chaleur après trois épisodes caniculaires avant la mi-juillet 2026. Elles estiment que le droit du travail n'a pas évolué au rythme du changement climatique et dénoncent des applications inégales des textes en vigueur.
« Notre droit du travail est bloqué dans le climat d’hier »,
Cette déclaration, prononcée le 9 juillet 2026 par la secrétaire générale de la CGT, s'appuie sur une enquête interne : sur 4 000 réponses collectées par la centrale, près de 24 % des salariés affirment n'avoir bénéficié d'« aucune mesure de protection » lors des premières canicules de 2026.
Ce que prévoit aujourd'hui la réglementation
Un décret de juin 2025 a clarifié et renforcé les obligations des employeurs en matière de fortes chaleurs. Les syndicats rappellent ces obligations et pointent leur non-application effective dans de nombreux secteurs.
- Fournir suffisamment d'eau fraîche aux travailleurs ;
- Adapter l'organisation du travail (horaires, pauses, rythmes) ;
- Mettre à disposition des équipements réduisant l'exposition à la chaleur ;
- Appliquer une gradation des mesures selon les seuils de vigilance de Météo-France.
Des contrôles demandés, mais des pouvoirs limités
Les syndicats exigent davantage de contrôles de l'inspection du travail. Celle-ci peut aujourd'hui mettre en demeure une entreprise mais n'a pas la capacité, en l'état, de faire immédiatement cesser une activité dangereuse liée à la chaleur. Les représentants de la CFE-CGC et de la CFDT constatent que trop d'entreprises « continuent à tourner comme si de rien n'était ».
Conséquences concrètes pour les salariés et les employeurs
Pour les salariés, l'absence de mesures expose à des risques sanitaires accrus (déshydratation, épuisement, accidents). Pour les employeurs, la non-application des obligations peut engager la responsabilité sociale et juridique de l'entreprise et altérer la continuité d'activité si des arrêtés préfectoraux ou des mises en demeure sont pris.
| Acteurs | Rôle/limite actuelle |
|---|---|
| Employeurs | Obligations renforcées (eau, organisation, équipements) mais application inégale |
| Inspection du travail | Peut contrôler et mettre en demeure, ne peut pas toujours faire cesser immédiatement l'activité |
| Préfets | Peu d'arrêtés pris pour arrêter les chantiers l'après-midi selon la CFTC |
Vers une réforme ou des mesures d'application ?
Le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, a proposé la constitution d'un groupe de travail paritaire à l'automne pour anticiper les épisodes de 2027. Les syndicats jugent insuffisant ce calendrier et réclament une réforme législative « d'urgence » applicable à tous, arguant que les travailleurs sont exposés dès maintenant et non « à Noël ». Ils demandent aussi l'utilisation de moyens immédiats comme l'activité partielle lorsque c'est nécessaire et une plus grande fermeté des préfets pour préserver la santé des salariés sur les chantiers et dans les entreprises.
À court terme, la bataille porte sur l'application effective du décret de 2025 et sur des contrôles renforcés. À moyen terme, la question est celle d'une adaptation structurelle du droit du travail pour intégrer les risques climatiques et prévenir des inégalités croissantes entre travailleurs exposés et non exposés à la chaleur.
Pour les salariés et les employeurs, l'enjeu est concret : il s'agit de traduire des obligations en pratiques opérationnelles et de sécuriser à la fois la santé des personnes et la continuité des activités économiques.