Un salarié français employé comme travailleur étranger temporaire au Québec s'est vu refuser la reprise de son poste à son retour d'un court séjour en France pour participer aux funérailles de sa fille, alors que la demande de renouvellement de son permis de travail était en cours. Le cas, relaté par Radio-Canada, illustre la tension entre règles administratives strictes et situations humaines d'exception, avec des conséquences immédiates pour l'entreprise et le salarié.
Ce qui s'est passé
Arrivé au Canada en mars 2023 et employé depuis par KSM Inc. à Tring-Jonction (Beauce), le Français, identifié comme Laurent Favand, explique avoir dû regagner la France après le décès de sa fille, le 9 juin, alors que son permis de travail arrivait à échéance le 12 juin et que la demande de renouvellement était en traitement. À son retour au Canada, les autorités l'ont autorisé à entrer sur le territoire mais pas à reprendre l'emploi pour lequel il avait été recruté.
"La condition était bien sûr qu’il y ait un permis de travail fermé"
Cette phrase, rapportée par le salarié, rappelle la logique contractualisée de nombreux recrutements de travailleurs temporaires : l'embauche est souvent conditionnée à un permis de travail lié à un employeur précis. Mais la rigidité de l'application de ces règles pose aujourd'hui la question de leur compatibilité avec des situations familiales traumatiques.
Conséquences pour le salarié et l'employeur
Pour KSM Inc., la perte temporaire de la main-d'œuvre signifie une incertitude de gestion — remplacement, productivité, relations de travail — alors que l'entreprise affirme avoir effectué les démarches pour obtenir le permis correspondant. Pour le salarié, la décision se traduit par une suspension du salaire et une situation administrativement précaire après un événement personnel dramatique.
- Dimension humaine : la double peine dénoncée par le travailleur — deuil et perte du droit de travailler.
- Dimension juridique : la question du caractère strict des interdictions de sortie pour titulaires de certains permis.
- Dimension économique : l'impact sur les employeurs qui recrutent à l'international pour répondre à des besoins de main-d'œuvre.
Chronologie
| Date | Événement |
|---|---|
| mars 2023 | Arrivée du salarié au Canada |
| hiver 2025-2026 | Déménagement à Tring-Jonction après embauche par KSM Inc. |
| 9 juin | Décès de la fille du salarié (France) |
| 12 juin | Expiration du permis de travail en cours |
Le dossier montre aussi l'importance de la communication entre employeurs et autorités d'immigration : l'employeur affirme avoir fait la demande de permis fermé, et le salarié a contacté Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) en fournissant le certificat de décès. Malgré cela, le droit de reprendre l'emploi ne lui a pas été accordé immédiatement.
Au-delà du cas individuel, cette affaire alimente le débat sur l'adaptation des règles d'immigration et de travail aux situations exceptionnelles. Pour les salariés et les employeurs français concernés par le recrutement international, elle rappelle la nécessité d'anticiper les risques administratifs et de documenter les démarches en temps réel. Elle pose enfin la question politique : faut-il assouplir certaines prescriptions pour tenir compte des circonstances humaines sans pour autant compromettre la gouvernance des flux migratoires de main-d'œuvre ?