Un transfert historique de patrimoine qui redessine le marché de l’épargne
La fin de vie successorale de la génération des baby‑boomers (nés entre 1946 et 1964) amorce ce que les observateurs appellent une « grande transmission » : près de 9 000 Md€ de patrimoine devraient changer de mains en France d’ici à 2040. Les bancassureurs voient dans ce mouvement à la fois un risque — la sortie de capitaux vers des héritiers non clients — et une opportunité commerciale majeure pour reconquérir ou capter de nouveaux clients.
Des flux annuels en forte hausse
Selon les projections reprises dans le rapport de la Fondation Jean Jaurès, le flux successoral annuel (successions + donations) va augmenter régulièrement : il passerait de 464 Md€ en 2025 à 677 Md€ en 2040. Ces chiffres traduisent un renversement d’échelle qui devrait impacter la distribution des produits d’épargne, la gestion patrimoniale et la planification fiscale.
| Indicateur | Montant |
|---|---|
| Patrimoine total transmis d'ici 2040 | 9 000 Md€ |
| Flux successoral annuel en 2025 | 464 Md€ |
| Flux successoral annuel en 2040 | 677 Md€ |
Des Français peu préparés à la succession
Malgré l'ampleur des montants, les enquêtes montrent une faible anticipation des transmissions au sein des familles. Une étude conduite par la France mutualiste et VivaVoice indique que 58 % des personnes concernées n'ont jamais abordé la question avec leurs proches, et seulement 29 % parmi celles qui envisagent d'en parler sont réellement passées à l'acte. Ce manque de préparation complique la mise en œuvre de stratégies de transmission, qu'il s'agisse de donations, d'assurance‑vie ou d'autres outils patrimoniaux.
« Les Français ne sont pas assez préparés. Ils n’en parlent pas, ils ne l’anticipent pas »,
constate Isabelle Le Bot, directrice générale de la France mutualiste. Un représentant d'un bancassureur nuance toutefois ce constat : les personnes disposant d'un patrimoine conséquent bénéficient d'un accompagnement, les autres beaucoup moins.
Pourquoi ce phénomène est‑il si massif ?
La génération concernée a bénéficié de conditions économiques favorables — croissance soutenue, faible chômage et progression salariale sur plusieurs décennies — qui ont permis d'accumuler un patrimoine élevé. Le niveau de vie des retraités, cité par Le Cercle de l'épargne, est aujourd'hui légèrement supérieur à celui des actifs (moyennes mensuelles de 2 473 € contre 2 468 €), ce qui illustre la relative solidité financière de cette cohorte.
Conséquences pour les acteurs financiers et pour les épargnants
Pour les bancassureurs, l'enjeu est double : fidéliser les héritiers et capter des flux nouveaux. Concrètement, cela passe par :
- le renforcement des équipes de conseil patrimonial et de l'offre de transmission (donations, démembrement, assurance‑vie) ;
- le développement de solutions pour conserver les actifs au sein du réseau (conseil familial, offres packagées, digitalisation du parcours de succession) ;
- la montée en compétence sur la fiscalité successorale et l'accompagnement intergénérationnel.
Ce que cela signifie pour les épargnants
La perspective d'une transmission massive devrait inciter les foyers à engager des discussions familiales et à solliciter un diagnostic patrimonial si nécessaire. Anticiper permet d'optimiser les choix fiscaux et juridiques et d'éviter des sorties imprévues d'actifs. Mais la donnée centrale reste la même : l'essentiel de cette onde patrimoniale n'est pas encore organisé et sa mise en œuvre transformera durablement les circuits de l'épargne et de la gestion de patrimoine en France.