Convergence juridique, divergences pratiques
Depuis l'entrée en application des derniers décrets de la loi dite Industrie verte, l'assurance vie et le Plan d'Épargne Retraite (PER) se rapprochent sur leur mode de gestion. La principale transformation : la gestion pilotée est désormais souvent proposée par défaut et intègre une part obligatoire d'actifs non cotés. Sur le papier, les deux enveloppes se ressemblent davantage qu'auparavant ; en réalité, des différences opérationnelles persistent et la question de la liquidité reste déterminante pour l'épargnant.
Ce qui change concrètement
- La gestion pilotée devient la norme : allocation progressive selon le profil, rééquilibrages automatisés.
- Une part d'actifs non cotés est imposée dans la répartition des fonds : les quotas vont de 3 % à 15 % selon le profil de risque.
- Sur l'expérience souscription et la composition des portefeuilles, assurance vie et PER se rapprochent sensiblement.
"ces quotas oscillent entre 3 % et 15 % selon le profil de risque choisi par l'épargnant"
Ce basculement réglementaire a été pensé pour orienter davantage d'épargne vers l'économie réelle, via des actifs non cotés. Pour les gestionnaires, cela implique d'intégrer des lignes moins liquides et souvent moins transparentes qu'un fonds actions ou obligataire classique. Pour les souscripteurs, cela signifie des arbitrages nouveaux à prendre en compte au moment de la signature.
Disponibilité : l'atout majeur de l'assurance vie
Malgré cette uniformisation de la gouvernance financière, l'assurance vie conserve un avantage structurant : la disponibilité immédiate des sommes. Les versements peuvent être retirés à tout moment pour faire face à une dépense imprévue (travaux, études, achat). Le PER, en revanche, repose sur un principe opposé : l'épargne y est conçue pour la retraite et reste en grande partie verrouillée jusqu'à cet horizon, hormis quelques cas de déblocage anticipé prévus par la loi.
Ce que cela change pour l'épargnant : trois arbitrages
- Horizons temporiels : pour des objectifs de court à moyen terme, la liquidité prime et favorise l'assurance vie ; pour préparer la retraite, le PER conserve un intérêt fiscal et d'épargne forcée.
- Tolérance au risque : l'intégration d'actifs non cotés augmente la part de risque et d'illiquidité dans les portefeuilles, ce qui peut influencer le choix du profil de risque en gestion pilotée.
- Transparence et comparabilité : la standardisation rend la comparaison sur la seule gestion financière plus complexe ; il faut désormais regarder les conditions d'accès, les frais, et la politique de liquidité.
Tableau comparatif — points clefs
| Critère | Assurance vie | PER |
|---|---|---|
| Gestion | Gestion pilotée généralisée | Gestion pilotée généralisée |
| Actifs non cotés | Quota obligatoire (3–15 %) | Quota obligatoire (3–15 %) |
| Liquidité | Disponible à tout instant | Principalement verrouillé jusqu'à la retraite |
Au-delà des éléments de gestion, les conséquences pratiques pour l'épargnant tiennent à la manière dont il conçoit son projet. Si la place attribuée aux actifs non cotés peut améliorer l'impact économique de l'épargne, elle introduit aussi une contrainte de liquidité et de transparence. Par conséquent, la règle de choix demeure inchangée : confronter son besoin de disponibilité avec son horizon de placement et sa capacité à supporter de l'illiquidité.
En définitive, la loi n°2023-973 rapproche les structures des produits d'épargne populaires, mais ne neutralise pas les différences de vocation. Pour décider entre assurance vie et PER, le critère clé reste la disponibilité immédiate des fonds, complété par l'analyse des frais et des objectifs personnels.