Un bond statistique tempéré par des « effets administratifs »
Les derniers chiffres publiés conjointement par la Dares et France Travail indiquent une légère hausse du nombre de demandeurs d’emploi inscrits au deuxième trimestre 2026. La catégorie A — chômeurs sans aucune activité — augmente de 0,8%, pour atteindre 3,32 millions de personnes sur la France entière hors Mayotte.
En intégrant les catégories B et C (personnes exerçant une activité réduite mais souhaitant travailler davantage), l’ensemble passe à 5,8 millions, soit une hausse de 1,3% sur le trimestre. Ces évolutions sont toutefois marquées par deux décisions administratives récentes qui perturbent la série.
Ce que changent les corrections
Depuis l’entrée en vigueur de la loi « plein emploi » début 2025, les allocataires du revenu de solidarité active (RSA) sont automatiquement inscrits à France Travail. Par ailleurs, la suspension des radiations pour les chômeurs sanctionnés, effective depuis juin 2025, alourdit les files d’inscrits. Une fois ces effets retirés, la Dares fait apparaître une baisse de la catégorie A de 0,2% au deuxième trimestre, contre une baisse plus nette de 2,4% au premier trimestre sur le même périmètre. Pour l’ensemble A, B et C, la correction ramène la hausse à +0,4% sur le trimestre.
« Les statistiques des inscrits à France Travail sont perturbées par un grand nombre de décisions administratives »,
résume Eric Heyer, directeur du département analyse et prévision de l’OFCE, qui souligne le risque d’interpréter ces chiffres comme un retournement du marché du travail — ce que d’autres indicateurs, comme le taux de chômage au sens du BIT, ne confirment pas. Selon lui, les séries publiques montrent une trajectoire de hausse du chômage depuis 2023.
Conséquences concrètes pour les demandeurs et les employeurs
Pour les demandeurs d’emploi, l’inflation du fichier d’inscrits signifie potentiellement un allongement des délais d’attente pour un entretien personnalisé et un accompagnement adapté. Les professionnels interrogés évoquent déjà des cas où l’accompagnement ne correspond pas aux besoins réels des bénéficiaires, ce qui réduit l’efficacité des parcours de retour à l’emploi.
Du point de vue des employeurs, ces chiffres peuvent envoyer un message ambigu : une hausse des inscrits n’équivaut pas nécessairement à une plus grande disponibilité de main-d’œuvre qualifiée. Les corrections comptables montrent qu’une partie de la hausse relève d’évolutions administratives plutôt que d’un afflux de chômeurs prêts à reprendre un emploi.
Données clés
| Indicateur | Valeur (T2 2026) | Variation trimestrielle |
|---|---|---|
| Catégorie A | 3,32 M | +0,8% (non corrigé) |
| Catégories A, B et C | 5,8 M | +1,3% (non corrigé) |
| Catégorie A (corrigée) | — | -0,2% |
| A,B,C (corrigée) | — | +0,4% |
- Effet RSA : inscription automatique depuis début 2025 gonfle les chiffres déclarés.
- Non-radiation : suspension des radiations depuis juin 2025 alourdit les listes d’inscrits.
- Interprétation : les séries corrigées restent l’outil privilégié pour juger de la conjoncture du marché du travail.
Au final, la lecture de ces données exige prudence : l’augmentation apparente du nombre d’inscrits traduit en grande partie des ajustements administratifs récents. Pour mesurer l’état réel du marché du travail, il faut combiner ces séries corrigées avec d’autres indicateurs (enquêtes BIT, créations d’emplois, mobilités professionnelles) afin d’évaluer ce que ces mouvements signifient pour les parcours des demandeurs d’emploi et les besoins des entreprises.