Le numérique s’impose dans la banque de détail
Le basculement des usages est désormais installé. Les principales banques françaises comptent autant de clients, ou presque, dans leurs filiales en ligne que dans leurs réseaux d’agences. Près de 80 % des Français détiennent un compte dans une banque en ligne ou une fintech, le plus souvent en complément d’un compte dans une banque traditionnelle. L’accès à l’épargne et à l’investissement par le portail ou l’application bancaire est devenu la norme.
Dans ce contexte, l’intelligence artificielle s’impose comme l’étape suivante de l’automatisation. La perspective d’une substitution partielle des tâches, et donc de certaines fonctions, est explicitement posée. Comme le résume David Charlet, président de l’Anacofi :
« Il n'y a dès lors aucune raison de ne pas considérer que l'IA va a minima remplacer du personnel dans ces entreprises. »
CGP et courtiers: une dynamique inverse aux grands réseaux
Le tableau est sensiblement différent pour les conseillers en gestion de patrimoine (CGP) et les courtiers. Ces acteurs ont largement intégré les outils numériques, un mouvement accéléré pendant la crise sanitaire. Le modèle des « CGP amplifiés » — des cabinets qui adossent leur relation client à des plateformes — s’est diffusé jusqu’au courtage.
Alors que les grands réseaux rationalisent leur empreinte, les métiers du conseil et de l’intermédiation progressent et gagnent des parts de marché. Deux indicateurs ressortent :
| Indicateur | Évolution |
|---|---|
| Entreprises de courtage en assurances | +2 500 (en 2024 par rapport à 2018) |
| Entreprises de conseil financier | +1 600 (par rapport à 2018) |
| Français ayant un compte en ligne/fintech | Presque 80 % (compte souvent additionnel) |
L’IA, catalyseur de productivité… et pression sur les emplois
Les organisations professionnelles de la place accompagnent la transition vers l’IA. Les cabinets adoptent ces technologies avec la même célérité qu’ils avaient déployé simulateurs, agrégateurs et autres briques « tech ». La question n’est plus tant celle de la viabilité des structures que celle des emplois et des fournisseurs d’outils.
Un point de bascule apparaît sur le marché des logiciels métiers. Les comparateurs de produits et les solutions de rédaction de documents et procédures de conformité, souvent facturés cher et pas toujours exemplaires, se retrouvent en concurrence frontale avec des accès professionnels à des IA tarifés à quelques centaines d’euros. Pour nombre d’entreprises, l’arbitrage coût/qualité bascule en faveur de l’IA, mettant sous tension les éditeurs spécialisés.
Relation client: la vraie variable d’ajustement
Reste l’équation centrale: que veulent les clients, et jusqu’où acceptent-ils l’automatisation du conseil? Des études citées (AMF, Ipsos 2025) sont mobilisées pour éclairer ce rapport, sans trancher à ce stade dans le détail. Le secteur s’oriente vers des approches hybrides, combinant parcours digitaux et accompagnement humain ciblé, avec des standards de conformité maintenus.
Ce qui change pour les acteurs et les épargnants
- Pour les banques de détail: la généralisation des canaux en ligne accroît la pression sur les coûts et l’emploi, avec une montée en puissance des filiales digitales.
- Pour les cabinets (CGP, courtiers): l’IA devient une brique standard, renforçant la productivité et favorisant l’expansion du marché, comme l’illustrent les +2 500 entités supplémentaires en assurance et les +1 600 en conseil financier depuis 2018.
- Pour les fournisseurs d’outils: le différentiel de prix/qualité avec les IA généralistes crée un risque de substitution rapide.
La numérisation n’est plus un débat théorique: elle refaçonne les structures de coûts, redéfinit la chaîne de valeur du conseil et redistribue les cartes entre grands réseaux, fintechs et intermédiaires. Dans l’immédiat, la vigilance s’impose sur deux fronts: l’impact social des gains de productivité et la robustesse des dispositifs de conformité à l’heure des assistants IA.