Une proposition venue de Cologny qui relance le débat sur la gouvernance économique mondiale
Lors d'une réunion tenue à huis clos à Cologny, près de Genève, le conseil d'administration du Forum économique mondial a vu émerger la candidature de Christine Lagarde pour prendre la succession des coprésidents sortants Larry Fink et André Hoffmann. Selon la presse suisse, la présidente de la Banque centrale européenne se serait dite «
prête à servir», formule prudente mais révélatrice d'une disponibilité affichée à s'engager auprès du Forum.
Cette initiative, présentée par Tharman Shanmugaratnam, président de Singapour, intervient dans un contexte de transition sensible pour le WEF, marqué par le retrait progressif de son fondateur Klaus Schwab. La proposition d'une personnalité européenne de premier plan traduit la volonté du Forum de maintenir un équilibre géopolitique entre l'Occident et l'Asie, au moment où les tensions sino-américaines restent vives.
Un calendrier serré et des questions institutionnelles
Le principal point d'achoppement identifié tient au calendrier des mandats. Le mandat de Christine Lagarde à la BCE court jusqu'en octobre 2027, tandis que la présidence conjointe actuelle du WEF par Fink et Hoffmann doit s'achever avec le Forum de janvier 2027. La passation envisagée entre 2027 et 2028 nécessitera, selon les observateurs, une coordination inédite entre Francfort et Genève pour éviter toute vacance de direction ou conflit d'intérêts.
| Événement | Date |
|---|---|
| Réunion du conseil d'administration à Cologny | août 2026 |
| Dernière présidence conjointe Fink/Hoffmann (Forum) | janvier 2027 |
| Fin du mandat de Christine Lagarde à la BCE | octobre 2027 |
Enjeux pour l'Europe et pour la BCE
Au-delà de l'aura personnelle de la candidate, la perspective d'une présidente de la BCE à la tête du WEF pose des questions d'ordre pratique et politique :
- Coordination des calendriers entre deux institutions majeures aux priorités distinctes ;
- Risques potentiels de conflits d'intérêts ou de perception d'influence entre politique monétaire et agenda diplomatique mondial ;
- Nécessité d'un « montage » institutionnel inédit pour permettre une transition fluide et conforme aux obligations de la BCE.
Philipp Hildebrand, vice-président de BlackRock et ancien patron de la Banque nationale suisse, a été chargé de sonder les membres du conseil, selon la couverture médiatique. Le rôle de relais joué par Tharman Shanmugaratnam — qui incarne un pont entre l'Asie et l'Occident — souligne la dimension géopolitique du choix. En proposant une dirigeante européenne, le conseil envoie un signal sur l'équilibre recherché par le Forum face à la recomposition mondiale des puissances.
Conséquences pour la France et l'économie mondiale
Pour la France, la perspective d'une figure européenne de premier rang à la tête du WEF est doublement stratégique : d'une part, elle consolide la voix européenne dans les arènes de gouvernance mondiale, d'autre part elle oblige les autorités françaises à suivre les négociations publiques et privées qui entoureront toute possible passation. Le calendrier serré impose également une vigilance accrue sur la séparation des fonctions et la transparence des engagements.
À court terme, la candidature de Christine Lagarde réouvre le chapitre de la gouvernance mondiale au moment où les institutions réajustent leurs positions face aux tensions internationales. À moyen terme, elle pourrait conduire à des arrangements institutionnels novateurs entre banques centrales et organisations multilatérales, si la solution retenue doit concilier mandat national/continental et présidence d'un forum global influent.