Un marché du crédit encore convalescent
Le dernier bilan de l’Institut d’émission d’Outre-mer (IEOM), évoqué fin juin, confirme un redressement très graduel en Nouvelle-Calédonie. Après le choc des dernières années, la production totale de crédits se redresse « lentement », mais reste « bien loin » du niveau d’avant-crise. Le diagnostic est net : les crédits immobiliers ont été divisés par quatre par rapport au début 2023, et les concours aux entreprises demeurent très en deçà de leur rythme d’il y a trois ans.
Volumes en forte contraction depuis 2023
Les données agrégées citées dessinent un net palier à la baisse. En 2023, la place calédonienne totalisait environ 170 milliards CFP de crédits. En 2025, elle n’atteignait plus qu’environ 82 milliards CFP, soit près de 50 % en moins. L’année 2026 « suit la même tendance », malgré un modeste frémissement sur l’immobilier.
| Période | Production totale de crédits | Évolution |
|---|---|---|
| 2023 | ~170 milliards CFP | Référence |
| 2025 | ~82 milliards CFP | ~−50 % vs 2023 |
| 2026 | Tendance similaire | Redressement lent |
Qualité du risque : 9 % de créances douteuses
La détérioration du risque de crédit reste un marqueur fort : les créances douteuses ont « plus que doublé » entre 2023 et 2025 pour atteindre 9 % des encours, selon l’IEOM. Ce niveau, inhabituel pour une place de taille limitée, contraint mécaniquement la prise de risque et accroît la vigilance sur l’octroi, sans pour autant aboutir à un arrêt du flux de prêts.
Les banques maintiennent l’offre, demande encore atone
Interrogé en tant que président de la FBF locale, Ismail Zitouni insiste sur la poursuite de l’accompagnement, en particulier des ménages sur la durée longue. Sur les prêts immobiliers « standard » de 20–25 ans, il évoque des taux autour de 3,70 % à 3,80 %. La demande reste toutefois en retrait, même si un début de reprise est perceptible depuis le début 2026.
« Un frémissement, sur le sujet du crédit immobilier (…) vous serez aux alentours de 3,70 – 3,80 % (…) Mais force est de constater qu'on ne croule pas sous les demandes de prêts immobiliers, même si, depuis début 2026, on sent une reprise. »
Disciplines d’octroi et impératifs de production
Les établissements rappellent l’équilibre à trouver entre soutien au financement et maîtrise du risque. Toujours selon Ismail Zitouni, les banques demeurent « très attentives » à la capacité d’emprunt et à la qualité intrinsèque des dossiers. Dans le même temps, la production de crédit est un ressort clé du modèle bancaire : prêter permet de maintenir les encours et le stock de crédits, donc l’activité récurrente associée.
« Il est important pour une banque de faire de la production de crédits. (…) On a tout intérêt à faire du crédit. (…) Bien évidemment qu'on est vigilant (…) à vérifier la qualité du dossier intrinsèque et surtout la capacité d'emprunt. »
Ce qu’il faut surveiller pour les clients
- Une offre de crédit toujours présente, mais examinée avec une vigilance accrue, en lien avec le taux de créances douteuses porté à 9 % en 2025.
- Des taux immobiliers annoncés autour de 3,70–3,80 % sur 20–25 ans, avec une demande qui repart lentement depuis début 2026.
- Des volumes encore en retrait par rapport à 2023, notamment pour l’immobilier et le crédit aux entreprises, malgré un redressement qualifié de « lent » par l’IEOM.
Dans ce contexte, les clients sont invités à soigner la capacité de remboursement et la solidité de leur dossier. Les banques, elles, cherchent le point d’équilibre entre relance de la production et maîtrise du risque, condition d’une normalisation progressive du marché calédonien du crédit.