Une croissance soutenue qui ne se traduit pas en mieux-être pour les foyers
Selon le rapport de suivi de la situation économique de l'unité MENA de la Banque mondiale, le Maroc a vu son produit intérieur brut réel croître de 4,9 % en 2025, un niveau qualifié de « le plus vigoureux depuis plus d'une décennie » par les auteurs. Cette performance place le pays au-dessus de la moyenne régionale et au‑dessus de celle des économies émergentes et en développement. Pourtant, pour les ménages, les effets concrets restent limités : la consommation des ménages décroche et l'emploi n'est toujours pas revenu à son niveau de 2019.
Le rapport met en lumière une particularité majeure : ce n'est pas la demande privée qui a tiré la reprise, mais essentiellement l'investissement public et l'augmentation des dépenses publiques. L'investissement a bondi de 16,3 % en 2025, soutenu par une forte activité de grands chantiers — notamment ceux liés à la préparation de la Coupe du monde 2030 — tandis que la formation brute de capital fixe a progressé de 14,4 %.
- Consommation publique : +5,1 %, portée par l'extension de la protection sociale et le renforcement des services publics.
- Inflation : 0,8 % en 2025, composante sous-jacente 0,6 %.
- Déficit budgétaire : revenu à 3,5 % du PIB (contre 7,1 % en 2020).
Pourquoi les ménages ne voient-ils rien ?
La Banque mondiale attire l'attention sur la composition de la croissance : une montée en puissance de la dépense publique et des investissements de grande envergure profite peu aux revenus et à la consommation des familles à court terme. Autrement dit, les chantiers et l'achat d'équipements publics augmentent le PIB, mais n'entraînent pas nécessairement des hausses de salaire généralisées ou des créations d'emplois immédiatement perceptibles pour les ménages.
Le rapport précise également que l'emploi reste en dessous du niveau de 2019, ce qui explique en partie pourquoi la demande privée stagne. En parallèle, les réserves de change ont atteint environ 47 milliards de dollars fin 2025 (environ 5,4 mois d'importations) et s'élevaient à 49 milliards fin mars 2026. L'agence S&P a même relevé la note souveraine en catégorie investissement, signe de confiance des marchés, mais sans impact direct et immédiat sur le portefeuille et le pouvoir d'achat des ménages.
| Indicateur | 2025 (Banque mondiale) |
|---|---|
| Croissance du PIB réel | 4,9 % |
| Inflation | 0,8 % |
| Investissement | +16,3 % |
| Formation brute de capital fixe | +14,4 % |
| Consommation publique | +5,1 % |
| Déficit budgétaire | 3,5 % du PIB |
| Réserves de change | ~47 milliards USD (fin 2025) |
Conséquences concrètes pour le pouvoir d'achat
Pour un foyer, l'impact se traduit rarement du jour au lendemain par une augmentation de revenu disponible. Lorsque la croissance est portée par des projets publics lourds, les gains de productivité ou d'emploi sont souvent concentrés dans certains secteurs et sur des périodes différées. La Banque mondiale souligne ainsi un risque : une croissance « déséquilibrée » qui, sans relais vers la création d'emplois durables et l'amélioration des revenus des ménages, peut laisser la consommation privée atone et peser sur le pouvoir d'achat.
Autre élément important : l'inflation reste faible, ce qui soulage les budgets en apparence, mais n'est pas suffisant à générer un rattrapage des salaires ou une hausse des dépenses de consommation. En clair, les ménages voient peu d'amélioration tangible malgré des chiffres macroéconomiques favorables.
Enjeux politiques et économiques
Le rapport, publié peu après la présentation budgétaire officielle, converge avec certains chiffres gouvernementaux mais nuance les perspectives. Il met en garde contre une dépendance trop forte à la dépense publique pour soutenir la croissance et invite à des politiques favorisant la transmission de la reprise vers l'emploi et les revenus privés. Pour les décideurs, l'enjeu est de transformer l'effet d'entraînement des grands investissements en gains réels pour les foyers : emplois qualifiés, soutien aux PME, formation et mesures ciblées en faveur des ménages vulnérables.
Au final, la photo macroéconomique est encourageante sur le papier — croissance, stabilité budgétaire et réserves fortes — mais la Banque mondiale rappelle que le vrai test est celui des salaires, de l'emploi et du pouvoir d'achat au quotidien. Tant que ces éléments ne s'améliorent pas de manière durable, la reprise restera incomplète pour la plupart des ménages.