Un nouvel alignement des politiques économiques mondiales
Les grandes orientations prises par les États-Unis, l'Union européenne et la Chine dessinent un paysage économique international où les instruments d'action publique se diversifient et se durcissent. Dans un entretien donné à la presse suisse, Aymo Brunetti, professeur d'économie et ancien économiste en chef de la Confédération, rappelle que ces évolutions modifient les rapports de force mais ne changent pas, selon lui, les fondements scientifiques de la discipline.
Des approches différentes, une même intensité d'intervention
La synthèse proposée par Brunetti distingue trois modèles contemporains :
- États-Unis : recours aux droits de douane et à la contrainte commerciale comme leviers de politique extérieure et industrielle ;
- Union européenne : montée en puissance de la politique industrielle publique pour protéger et promouvoir les filières stratégiques ;
- Chine : pilotage étatique direct de l'économie, avec des instruments publics puissants.
Face à ces postures, la Suisse, attachée à un modèle libéral et ouvert, paraît exposée. Mais Brunetti rejette l'idée d'un effondrement automatique de son modèle. Il souligne que, malgré la succession de crises (financière, euro, choc du franc, conflits géopolitiques), les théories économiques» et les cadres analytiques restent utiles pour comprendre et répondre aux chocs.
«Les théories économiques et les connaissances scientifiques restent les mêmes»
Conséquences pour la Suisse et pour la politique publique
Le propos de Brunetti met en lumière deux enjeux concrets pour la Suisse. D'une part, la nécessité d'ajuster les réponses publiques — protection ciblée, soutien à l'innovation, instruments de résilience — sans renier les principes d'ouverture qui ont fait la force du pays. D'autre part, l'importance de la pédagogie économique : auprès des jeunes, dit-il, l'actualité rend les questions économiques plus saillantes et appelle une réflexion sur les compromis entre efficacité, sécurité et valeurs économiques.
Tableau synthétique des orientations politiques évoquées
| Acteur | Instrument principal | Objectif |
|---|---|---|
| États-Unis | Droits de douane | Pression commerciale et protection de l'industrie |
| Union européenne | Politique industrielle | Soutien des filières stratégiques |
| Chine | Pilotage étatique | Contrôle et orientation de l'économie |
| Suisse | Modèle libéral | Ouverture et compétitivité |
Enjeux et pistes
À court terme, la capacité de la Suisse à préserver sa compétitivité dépendra de sa réactivité : renforcer l'innovation, sécuriser les chaînes d'approvisionnement et conserver un dialogue actif avec partenaires et institutions européennes. Brunetti suggère que ces réponses peuvent s'appuyer sur l'existant plutôt que sur un renversement doctrinal. Le débat porte donc moins sur l'abandon du libéralisme que sur sa capacité d'adaptation aux nouvelles réalités géopolitiques.
Pour les décideurs et les acteurs économiques français et européens, l'observation suisse éclaire aussi un dilemme partagé : concilier ouverture, souveraineté industrielle et protection contre des chocs externes, sans sacrifier l'efficacité économique à long terme.