Un changement de régime qui affaiblit le bouclier tarifaire
Depuis le premier janvier 2026, l'ancienne mécanique de l'Arenh a été remplacée par le Versement nucléaire universel (VNU). Ce basculement, technique mais décisif, a modifié la manière dont l'électricité nucléaire historique est redistribuée aux fournisseurs alternatifs et, in fine, la protection dont bénéficient les consommateurs français lorsque les cours de gros s'envolent.
Des marchés qui remontent — mais pas au même niveau qu'en 2022
Ces dernières semaines, on observe une hausse perceptible des prix de l'énergie, portée notamment par des tensions géopolitiques autour de l'Iran et du détroit d'Ormuz. Pour autant, les ordres de grandeur restent bien inférieurs aux records de 2022 :
- Électricité à terme 2027 : autour de 90 €/MWh actuellement, contre environ 50 €/MWh il y a quelques semaines.
- Au pic de 2022, les prix de gros avaient dépassé les 1 000 €/MWh.
- Gaz naturel à terme 2027 : près de 60 €/MWh aujourd'hui, contre plus de 200 €/MWh en 2022.
| Produit | Prix actuel (terme 2027) | Pic 2022 |
|---|---|---|
| Électricité | ~90 €/MWh | >1 000 €/MWh |
| Gaz naturel | ~60 €/MWh | >200 €/MWh |
Pourquoi l'Arenh protégeait davantage
Le dispositif Arenh permettait aux fournisseurs alternatifs d'acheter une part de la production nucléaire d'EDF à un prix régulé, limitant ainsi leur exposition aux fluctuations du marché et, par ricochet, la sensibilité des tarifs à la hausse. Le VNU, par sa conception, n'offre pas la même garantie d'accès à cette électricité à prix stabilisé. Selon le PDG d'Opéra Énergie, cette disparition se traduit par une moindre capacité de l'État et des autorités à amortir une flambée des tarifs pour les consommateurs.
Une hausse actuelle notable mais contextuellement limitée
Il est important de distinguer la hausse de court terme que subissent aujourd'hui les carburants, le gaz et l'électricité, des chocs massifs observés en 2022. Le mouvement récent est principalement lié à une crise pétrolière — et non à une rupture généralisée des approvisionnements en gaz ou en électricité. Sur les marchés à plus long terme, les prix restent bien en deçà des sommets historiques. Cette distinction explique en partie pourquoi, malgré une aggravation des cours, la situation n'atteint pas l'intensité de la crise énergétique de 2022.
« Les Français sont moins protégés en cas de dérapage des prix », estime le dirigeant d'Opéra Énergie.
Conséquences pour les ménages et les entreprises
Concrètement, cela signifie que, si les prix de gros poursuivent leur hausse, les fournisseurs alternatifs auront moins de leviers pour stabiliser leurs offres sans répercuter une partie de la hausse sur les factures. Pour un foyer, même une hausse modérée des prix spot ou à terme peut, selon le mix contractuel du fournisseur, entraîner des ajustements de tarifs ou une pression accrue sur les offres à prix variable. Pour les entreprises, l'exposition dépendra fortement de la structure de leurs contrats d'approvisionnement et de leur capacité à couvrir le risque de prix.
Options publiques limitées mais existantes
Le gouvernement conserve des outils pour amortir des hausses excessives : réglementation temporaire, dispositifs d'aide ciblés, ou interventions sur les marchés. Cependant, l'efficacité et le coût de ces mesures varient et, sans un mécanisme automatique comparable à l'Arenh, l'action publique risque d'être plus réactive que préventive.
En somme, le retrait de l'Arenh et l'installation du VNU ont changé la donne institutionnelle : les prix n'ont pas (encore) retrouvé les niveaux catastrophiques de 2022, mais la capacité structurelle de protection des consommateurs en cas de nouveau choc est réduite. L'enjeu aujourd'hui est moins d'anticiper un scénario identique à 2022 que de renforcer les filets sociaux et les outils de gestion de crise pour que la prochaine remontée des marchés pèse le moins possible sur la facture finale.