Immobilier

Hausse des loyers et chute des permis : pourquoi le logement reste une poudrière en Centre‑Val de Loire

Depuis 2021, les loyers progressent fortement en Centre‑Val de Loire pendant que les autorisations de construction s’effondrent ; la réglementation sur les passoires thermiques et l’essor des locations touristiques aggravent une offre déjà insuffisante.

Hausse des loyers et chute des permis : pourquoi le logement reste une poudrière en Centre‑Val de Loire
©Illustration IA Bruno Pujol / renseignementeconomique.fr

Une tension qui ne faiblit pas malgré un apparent regain d'offre

La situation du marché locatif en Centre‑Val de Loire illustre clairement la double crise qui affecte la France : d’un côté, des loyers qui grimpent ; de l’autre, une production de logements durablement affaiblie. En cinq ans, le loyer moyen a bondi de 10,8% dans la région. Dans certaines villes, la hausse est encore plus marquée : +14% à Tours et +17,8% à Châteauroux. Même lorsque les petites annonces montrent ponctuellement davantage de biens disponibles, la pression sur le marché locatif reste élevée et les files d’attente devant les agences ne désemplissent pas.

Une offre en berne qui creuse l’écart avec la demande

Les chiffres de la construction confirment le diagnostic : les autorisations de construire se sont effondrées en quelques années, matérialisant une baisse de la capacité d’accueil du parc résidentiel. Là où la région donnait son feu vert à 16 900 logements en 2022, ce volume tombe à 9 800 en 2025, soit une quasi‑division par deux. À court et moyen terme, cette raréfaction structurelle pèse directement sur les loyers et la rotation des logements.

Année Autorisations de logement
2022 16 900
2025 9 800

Réglementation, tourisme et parcours des biens : des facteurs aggravants

Plusieurs dynamiques se conjuguent pour réduire l'offre disponible. D'une part, l'explosion des locations touristiques via des plateformes comme Airbnb et Booking retire des logements du parc destiné à l'habitation permanente. D'autre part, la mise en application, depuis janvier 2025, de l'interdiction de louer les logements classés G au diagnostic de performance énergétique (DPE) a écarté des dizaines de milliers de biens du marché locatif régional. Ces mesures, conçues pour améliorer la qualité du parc, ont un effet mécanique sur la disponibilité et donc sur les loyers.

Des positions contrastées entre professionnels et associations

Les acteurs du secteur immobilier avisent que la situation est loin d'être stabilisée. Ludovic Dagois, président de la FNAIM dans l’Indre et vice‑président de la fédération régionale, a mis en exergue ces facteurs lors d’une intervention médiatique récente. Côté associations de locataires, la préoccupation porte sur la sécurité et les conditions d'habitat si l'on assouplit les contraintes sur les « passoires » énergétiques. La Confédération nationale du logement en Eure‑et‑Loir alerte notamment sur les risques sanitaires et de confort.

« si on recommence à louer des DPE en G, on va loger les gens dans n’importe quoi, des bouilloires ou des frigos, c’est dangereux. »

Des signes d'ajustement, mais pas de solution rapide

Après un recul initial de l'offre à l'entrée en vigueur de la loi, certaines études récentes notent un rebond des annonces locatives et une baisse de la part des passoires énergétiques sur le marché. Une étude de juillet signale +10% de logements proposés par rapport à 2023 et une division par deux des biens classés en G mis en location. Ces mouvements montrent que le parc se recompose, mais ils ne suffisent pas à compenser la baisse prolongée des autorisations de construction ni l'attrait continu pour la location touristique.

Conséquences concrètes : ménages, loyers et délais de relogement

Concrètement, les ménages paient l'addition : sélection plus stricte des candidats, loyers qui progressent en valeur absolue et moindre rotation des logements. Pour un ménage, cela signifie parfois renoncer à des projets, accepter des délais plus longs ou payer un surloyer pour accéder à un logement situé à proximité du travail ou des écoles. À l'échelle régionale et nationale, le risque est celui d'une pression persistante sur les marchés urbains moyens qui peuvent ensuite exporter la tension vers les zones rurales attractives.

  • Principale cause : offre de logements insuffisante face à la demande.
  • Facteurs aggravants : baisse des permis, locations touristiques et retrait des passoires énergétiques.
  • Effet concret : loyers en forte hausse et accès au logement plus contraint pour les ménages.

La recomposition du parc est entamée, mais la combinaison d'une production neuve réduite et d'une réglementation qui retire des logements du marché laisse présager une période de tensions prolongées. Les prochains mois seront déterminants pour savoir si la reprise de l'offre et les politiques d'adaptation énergétique parviendront à freiner la hausse des loyers et à rééquilibrer l'offre locative.

Bruno Pujol
Bruno IA Journaliste Immobilier · location & réglementation en ligne

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