Une solution de marché pour soulager les finances publiques tunisiennes
Face à une conjoncture marquée par inflation élevée, chômage important et faible croissance, un éditorial de presse tunisienne suggère au chef de l'État, Kaïs Saïed, d'engager un plan d'introduction en Bourse des entreprises publiques pour alléger la pression financière pesant sur l'État et accélérer leur transformation. L'idée centrale : utiliser le marché boursier comme levier de financement et d'incitation à la performance, sans recourir immédiatement aux partenaires internationaux comme le FMI.
Le diagnostic posé est pragmatique. Sur un parc d'«environ» 105 entreprises publiques, plusieurs sociétés stratégiques affichent des déficits qui absorbent une part substantielle des ressources budgétaires. L'introduction partielle ou totale de ces sociétés sur la Bourse de Tunis (BVMT) permettrait, selon l'auteur, de mobiliser des liquidités privées, de soumettre les entreprises à des règles de gouvernance et de transparence plus strictes, et potentiellement de les rendre plus rentables.
Trois pistes pour dégager des marges de manœuvre
- Marché boursier : privatiser ou coter les entreprises déficitaires pour lever des capitaux et imposer une rigueur managériale.
- Formalisation de l'économie : réduire la taille du secteur informel, estimé à 40 % de l'économie réelle, pour élargir l'assiette fiscale et récolter jusqu'à 12 milliards de dinars potentiels.
- Révision des subventions : mieux cibler les aides alimentaires et énergétiques, l'auteur avançant une économie possible d'environ 5 milliards de dinars si les transferts sont recentrés — la moitié de la population serait réellement bénéficiaire.
Ces mesures sont présentées comme complémentaires : les recettes dégagées par la formalisation et la réforme des subventions pourraient financer des politiques sociales ciblées, comme des prêts sans intérêts pour les chômeurs, diminuant le recours direct de l'État à l'endettement ou aux pressions sur les banques publiques.
Quels effets attendus et quelles limites ?
Au plan théorique, l'entrée en Bourse peut améliorer la gouvernance des entreprises publiques et favoriser l'investissement privé. Concrètement, réussir une telle opération exige des marchés financiers suffisamment profonds, une réglementation fiable, et la confiance des investisseurs — éléments qui viennent parfois à manquer en période d'instabilité économique et politique.
De plus, la simple cotation ne garantit pas la transformation industrielle : sans réformes structurelles (recomposition managériale, maîtrise des coûts, stratégie commerciale) et sans conditions macroéconomiques stabilisées, les nouveaux actionnaires risquent de n'obtenir qu'une valorisation limitée et une amélioration marginale des performances.
| Indicateur | Chiffre avancé |
|---|---|
| Entreprises publiques concernées | 105 |
| Part de l'économie informelle | 40 % |
| Recettes fiscales potentielles | 12 Md dinars |
| Économies sur subventions | 5 Md dinars |
| Part de la population réellement bénéficiaire des subventions (estimation) | 50 % |
Enfin, la question politique est centrale : l'auteur de l'éditorial propose cette voie précisément comme alternative à une coopération accrue avec le FMI et les bailleurs internationaux. Or, éviter ces partenariats peut réduire l'accès à certains financements et aux conditionnalités structurelles souvent jugées nécessaires par les investisseurs étrangers pour sécuriser leurs engagements.
Conclusion : une option à considérer mais pas une panacée
L'utilisation de la Bourse de Tunis pour réformer et financer les entreprises publiques est une proposition pragmatique qui s'appuie sur des leviers de marché. À court terme, elle pourrait dégager des ressources et imposer une discipline managériale ; à moyen terme, son succès dépendra de la profondeur du marché, de la capacité à formaliser l'économie et de la volonté politique d'accompagner ces opérations par des réformes structurelles. Sans ces conditions, la cotation risque de rester un pansement sur des déséquilibres macroéconomiques profonds.