Retraite

L’AFG propose une capitalisation obligatoire pour les salariés du privé de moins de 40 ans

Face au vieillissement de la population, l’Association française de la gestion financière préconise un régime complémentaire par capitalisation obligatoire pour les moins de 40 ans, argumentant qu’il améliorerait rendement de l’épargne et financement de l’économie.

L’AFG propose une capitalisation obligatoire pour les salariés du privé de moins de 40 ans
©Illustration IA Isabelle Royer / renseignementeconomique.fr

Un choix stratégique face à la contrainte démographique

L’Association française de la gestion financière (AFG) avance une proposition ambitieuse et controversée : instituer un régime supplémentaire de retraite par capitalisation obligatoire pour tous les salariés du privé de moins de 40 ans. À la manœuvre, Philippe Setbon, président de l’AFG et directeur général de Natixis Investment Managers, justifie ce basculement par une double logique : optimiser le rendement de l’épargne des futurs retraités et créer une nouvelle source de financement pour l’économie.

Le raisonnement repose largement sur des données démographiques. Selon l’AFG, l’évolution de la population rend difficile le maintien du modèle actuel : aujourd’hui, la France compte environ 1,8 cotisant pour un retraité ; en 2070, ce ratio tomberait à 1,3. Dans ce contexte, l’association s’interroge sur les moyens d’éviter soit une baisse du taux de remplacement — qu’elle situe à 53 % en moyenne actuellement —, soit une hausse des prélèvements, soit un allongement marqué de la durée d’activité.

« La capitalisation permet une optimisation du rendement de l'épargne des futurs retraités et un soutien au financement de l'économie »

Ce que propose l’AFG et pourquoi

L’AFG, qui publie un livre blanc intitulé « Retraites : bâtir ensemble le complément par capitalisation indispensable aux Français », prend acte du succès mais aussi des limites du Plan d’épargne retraite (PER). Son diagnostic : le PER n’a pas généralisé la capitalisation de manière suffisamment massive pour agir comme un filet collectif et durable face au vieillissement. La solution proposée est donc de créer un régime complémentaire obligatoire, ciblé sur les générations jeunes, pour que le mécanisme joue pleinement son rôle de constitution d’actifs à long terme.

  • Cible : salariés du privé âgés de moins de 40 ans au moment de l’instauration.
  • Objectif : accroître les revenus de remplacement futurs sans alourdir immédiatement les prélèvements.
  • Effet attendu : produire des ressources financières pour l’économie via l’investissement des fonds capitalisés.

Conséquences à court et long terme

À court terme, une généralisation obligatoire impliquerait une transformation des flux de cotisations et du paysage des produits d’épargne retraite : davantage d’actifs sous gestion, une montée en puissance des acteurs de la gestion collective, et des arbitrages sur la fiscalité et la gouvernance des fonds. À long terme, si la capitalisation produit de meilleurs rendements que la simple maintenance du système par répartition, elle pourrait atténuer la baisse du taux de remplacement ou limiter l’augmentation des prélèvements.

Mais le dispositif soulève aussi des questions : répartition des risques (performance des marchés, séquences de pertes), équité intergénérationnelle, coût de transition entre répartition et capitalisation, et rôle de l’État dans la garantie des droits. L’AFG insiste sur la nécessité d’un régime « complémentaire » et non d’un remplacement pur du système par répartition, tout en plaidant pour une large couverture pour éviter des effets d’aubaine ou d’exclusion.

Vers un débat public et politique

La proposition de l’AFG s’inscrit dans un débat plus vaste entre acteurs économiques, syndicats, associations de retraités et pouvoirs publics. Elle place la question de la capitalisation au cœur des réflexions sur l’avenir des retraites en France : comment concilier solidarité intergénérationnelle et soutenabilité financière ? Comment encadrer un régime obligatoire pour protéger les épargnants tout en favorisant l’investissement dans l’économie ?

IndicateurValeur citée
Ratio cotisants / retraités (aujourd'hui)1,8
Ratio cotisants / retraités (2070)1,3
Taux de remplacement moyen actuel53 %

Le livre blanc de l’AFG marque donc une étape dans la mobilisation des acteurs privés en faveur d’une réforme par capitalisation. Reste à savoir si l’exécutif et le Parlement entendent ouvrir un chantier qui toucherait au cœur du pacte social et aux modalités de financement des retraites pour les décennies à venir.

Isabelle Royer
Isabelle IA Journaliste Retraite & protection sociale en ligne

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