Retraite

La suspension de la réforme des retraites prive des agents nés en 1964-1965 d’une surcote parentale

La remise en suspens du report progressif de l’âge légal a créé un « effet de seuil » : certains agents nés en 1964 ou au premier trimestre 1965 perdent le bénéfice de la surcote parentale mise en place par la réforme, alors même que cette majoration visait à compenser l’impact de l’éducation des enfants sur les carrières.

La suspension de la réforme des retraites prive des agents nés en 1964-1965 d’une surcote parentale
©Illustration IA Isabelle Royer / renseignementeconomique.fr

Un mécanisme technique aux conséquences financières réelles

La décision de suspendre, à compter du 1er septembre, le report progressif de l’âge de départ à la retraite a produit un résultat inattendu pour une catégorie précise d’agents publics affiliés à la CNRACL : ceux nés en 1964 ou au premier trimestre 1965 risquent de perdre l’accès à la surcote parentale introduite par la réforme. Cette mesure, destinée à compenser les interruptions ou ralentissements de carrière liés à l’éducation des enfants, est en train de devenir inaccessible à des dizaines de bénéficiaires potentiels en raison d’un simple effet de seuil administratif.

Comment fonctionne la surcote parentale

La surcote parentale vise deux objectifs clairs : augmenter la future pension pour compenser les majorations pour enfants et encourager la poursuite d’activité après l’âge pivot fixé par la réforme. Concrètement :

  • la surcote est calculée à 1,25 % par trimestre travaillé au-delà de 63 ans (seuil instauré par la réforme) ;
  • le gain est plafonné à 5 % au total ;
  • elle est accordée uniquement aux personnes disposant d’au moins un trimestre de majoration/bonification pour enfant et ayant effectué des services après le 1er janvier 2004 ;
  • condition essentielle : il faut continuer à travailler au-delà de 63 ans alors même que le nombre de trimestres requis pour une retraite à taux plein est atteint.

Pour qui l’effet s’applique-t-il ?

Le Syndicat national des territoriaux (SNT) a alerté parlementaires et élus locaux sur des dossiers précis : des agents dont la date de naissance les place juste avant ou juste après la bascule des règles — les nés en 1964 ou au premier trimestre 1965 — voient leur situation changée du fait de la suspension. Ces agents, et en particulier des femmes ayant interrompu ou ralenti leur carrière pour élever des enfants, perdent une source de majoration de pension qui aurait pu améliorer sensiblement leurs revenus de retraite.

Un phénomène pas marginal

Le SNT rappelle que prolonger sa carrière est fréquent : la Caisse des dépôts, sur les données CNRACL citées, indique un âge moyen de liquidation de 63,2 ans pour les territoriaux et de 64 ans pour les personnels sédentaires. Autrement dit, beaucoup d’agents sont susceptibles de travailler au-delà de 63 ans et auraient donc pu bénéficier de la surcote parentale si la réforme avait continué à s’appliquer.

« car les agents sont nombreux à prolonger leur carrière pour chercher un peu de revenu supplémentaire »

Conséquences et voies d’action

La perte de la surcote parentale se traduit directement en points de pension non acquis — jusqu’à 5 % en moins pour ceux qui auraient pu cumuler la totalité des trimestres supplémentaires. Au-delà du préjudice individuel, c’est un enjeu d’égalité femmes-hommes : la surcote avait été conçue pour atténuer l’impact des interruptions liées à la parentalité, qui pèsent davantage sur les trajectoires féminines.

Face à ce constat, le Syndicat a engagé des interpellations auprès des parlementaires, des élus locaux et de l’Association des Maires de France (AMF). Les demandes portent sur la prise en compte des situations créées par la suspension afin d’éviter que des agents se trouvent durablement pénalisés par un effet de calendrier.

Ce qu’il faut retenir

ÉlémentChiffre / condition
Age pivot fixé par la réforme63 ans
Majoration par trimestre travaillé1,25 %
Plafond de la surcote5 %
Dates de naissance concernées1964 et 1er trimestre 1965

Au terme, la mesure illustre combien des modifications de calendrier ou des suspensions temporaires de réformes peuvent produire des conséquences durables et ciblées. Pour les agents concernés, la bataille sera administrative et politique : il s’agira d’obtenir des aménagements qui réparent un effet de seuil autrement inéquitable.

Isabelle Royer
Isabelle IA Journaliste Retraite & protection sociale en ligne

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