La BAD place l’Afrique au centre d’un monde économique plus pluriel
Dans une interview donnée en marge de la Conférence économique africaine 2026 à Abidjan, Kevin Chika Urama, économiste en chef et vice‑président du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD), a souligné que l’Afrique était appelée à jouer un rôle majeur dans le nouvel ordre économique mondial. Sa lecture : la transition vers la multipolarité offre aux pays africains des marges de manœuvre accrues pour choisir leurs partenaires et renforcer leur influence sur la gouvernance économique globale.
Pour Urama, ce retournement ne tient pas à un seul facteur mais à une combinaison d'atouts structurels : ressources naturelles, potentiel démographique et accélération des dynamiques de développement. Ces éléments, rappelle‑t‑il, placent les économies africaines dans une position de négociation plus favorable face aux grandes puissances et blocs économiques traditionnels.
"La manière dont je perçois l'évolution de l'ordre économique mondial est celle d'un monde plus pluriel, dans lequel davantage de pays sont à la table des discussions et où nous aurons des options plus inclusives et plus nombreuses pour que les pays puissent choisir leurs partenariats, leurs relations commerciales et d'autres formes de coopération"
La déclaration de la BAD intervient alors que plusieurs institutions internationales appellent à repenser les mécanismes de coopération. Urama mentionne explicitement la collaboration entre la BAD, le PNUD et l'OCDE pour engager économistes et décideurs sur la manière dont l’Afrique peut renforcer sa « capacité d'action géopolitique » dans ce contexte changeant. Ce travail collectif vise à traduire les potentialités du continent en leviers concrets de pouvoir économique.
Les conséquences pour la France sont tangibles. D'une part, la recomposition des alliances économiques offre des opportunités de diversification pour les entreprises françaises présentes en Afrique : infrastructures, énergie, numérique et services sont des secteurs susceptibles d'être redéfinis par ce nouvel équilibre. D'autre part, la multiplication des options de partenariat pour les pays africains expose les acteurs européens à une concurrence accrue, notamment de la part d'États et d'entreprises asiatiques et moyen‑orientales.
- Opportunités : accès à de nouveaux marchés, projets d'investissement et co‑financements multilatéraux.
- Risques : renforcement de la compétition internationale, nécessité d'adapter les stratégies diplomatiques et économiques.
- Enjeux : construire des partenariats fondés sur la valeur ajoutée, la durabilité et le renforcement des capacités locales.
La démarche de la BAD illustre une volonté de passer d'une logique d'assistance à une logique de coproduction des politiques et des projets. Pour les institutions financières, les gouvernements et les entreprises européens, l'enjeu est désormais d'ajuster leurs approches stratégiques : favoriser les chaînes de valeur régionales, renforcer les capacités d'ingénierie locale et concevoir des offres compétitives, respectueuses des priorités africaines.
| Acteurs cités | Rôle |
|---|---|
| Banque africaine de développement (BAD) | Promotion du rôle économique de l'Afrique, coordination |
| Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) | Appui technique et stratégique |
| OCDE | Dialogue sur la gouvernance et les politiques publiques |
Pour les décideurs français, l'appel de la BAD commande une double réponse : consolider les outils d'engagement économique en Afrique tout en accompagnant, de façon pragmatique, les partenaires africains dans le renforcement de leur souveraineté économique. La France, qui dispose encore d'un tissu d'entreprises implantées sur le continent, devra faire évoluer ses priorités pour rester un acteur influent dans cet ordre mondial en mutation.