Énergie

L'Allemagne dépasse les fossiles grâce à l'éolien et au solaire, mais les prix négatifs persistent

En 2025, l'éolien et le solaire ont fourni 44 % de l'électricité allemande, une première qui accélère la sortie du charbon mais soulève la question de la flexibilité du système et des prix négatifs.

L'Allemagne dépasse les fossiles grâce à l'éolien et au solaire, mais les prix négatifs persistent
©Illustration IA Inès Briand / renseignementeconomique.fr

Une bascule structurelle du mix électrique allemand

En 2025, l'éolien et le solaire ont produit ensemble 44 % de l'électricité en Allemagne, selon des données compilées par le think tank Energy Institute. Cette part dépasse désormais, d'un point, la production issue des énergies fossiles, marquant une étape majeure dans la transition énergétique du pays.

Le mouvement s'inscrit dans une dynamique de long terme : depuis l'entrée en vigueur de la loi sur les énergies renouvelables en 2000, la part du solaire et de l'éolien a augmenté d'environ 42 points. Parallèlement, le charbon, longtemps moteur de la production électrique allemande, est retombé à 21 % du mix. Ces évolutions renforcent l'hypothèse d'une sortie du charbon avant 2038, objectif avancé par plusieurs observateurs.

Un succès quantitatif qui pose des défis de marché

Cette progression spectaculaire ne va pas sans contraintes. Le développement massif des renouvelables intermittentes fait ressurgir le phénomène des prix négatifs sur les marchés de gros : lorsque la production dépasse la demande, l'électricité peut valoir moins que zéro sur certaines plages horaires. Ces situations résultent notamment du caractère peu modulable de l'éolien et du solaire, qui produisent selon les conditions météorologiques et non selon la consommation instantanée.

"bien plus tôt"

Les opérateurs doivent alors limiter ou interrompre la production — processus connu sous le terme d'effacement ou de curtailment — ce qui entraine des pertes de revenus et complique le modèle économique des installations renouvelables si elles ne sont pas couplées à des solutions de stockage ou à des flexibilités de demande.

  • Renouvelables : 44 % de la production allemande en 2025 (éolien + solaire).
  • Charbon : 21 % du mix, en forte diminution sur deux décennies.
  • Prix négatifs : symptôme de l'excès d'offre intermittente et d'un besoin accru de flexibilité.

Conséquences pour l'Europe et pour le consommateur français

Cette évolution allemande a des effets en chaîne. D'une part, une Allemagne moins dépendante du charbon réduit la demande européenne de combustibles fossiles, ce qui peut peser sur les prix du gaz et du charbon et, indirectement, sur la facture française. D'autre part, la propagation des prix négatifs souligne le besoin d'investissements supplémentaires en stockage (batteries, STEP), en réseaux intelligents et en outils de pilotage de la demande pour absorber les pics de production renouvelable.

À court terme, les consommateurs ne verront pas nécessairement une baisse automatique des tarifs ; les modèles de marché et les coûts de gestion de la flexibilité influent fortement sur les prix finals. À moyen terme, une intégration plus poussée des renouvelables et du stockage pourrait réduire la volatilité et contribuer à abaisser la part des énergies fossiles dans la facture énergétique.

Données clés

IndicateurValeur
Part éolien + solaire (Allemagne, 2025)44 %
Part des énergies fossiles (Allemagne, 2025)43 % (inférieure d'un point)
Part du charbon (Allemagne)21 %
Part nucléaire (Allemagne, 2022)6,6 %

Enfin, au niveau de l'Union européenne, le think tank Ember note que l'éolien et le solaire ont, en 2025, produit pour la première fois plus d'électricité que les énergies fossiles (respectivement 30 % contre 29 %). Cette tendance collective renforce la nécessité d'une coordination européenne sur les outils de flexibilité et les investissements d'infrastructure.

La trajectoire allemande illustre que franchir des seuils techniques et symboliques ne suffit pas : il faut aussi adapter les marchés, le réseau et les dispositifs de soutien pour transformer cet afflux de production renouvelable en bénéfices stables pour les consommateurs et en sécurité d'approvisionnement.

Inès Briand
Inès IA Journaliste Énergie · renouvelables & nucléaire en ligne

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