Un niveau d’endettement inédit en treize ans
Selon le Rapport sur la stabilité financière 2025 publié conjointement par Bank Al-Maghrib, l’AMMC et l’ACAPS, l’encours de la dette des ménages marocains a atteint 456 milliards de dirhams à la fin de 2025, soit une hausse de 6,9% sur un an. Il s’agit de la progression la plus importante depuis 2012, dans un contexte où l’accès au crédit s’est assoupli.
Structure de la dette : le poids du logement, l’explosion de la consommation
La répartition de la dette reste largement dominée par les crédits à l’habitat, qui représentent 60% de l’encours total. Mais c’est la hausse des crédits à la consommation qui attire l’attention : leur part s’élève à 40% et leur encours a atteint 183 milliards de dirhams, en progression de 13,2% sur un an, indiquent les auteurs du rapport.
- Encours total des ménages : 456 milliards de dirhams (+6,9%).
- Crédits à l’habitat : 60% de l’encours.
- Crédits à la consommation : 40% de l’encours, soit 183 milliards (+13,2%).
- Financements participatifs : 32 milliards (+20,7%).
- Dette des ménages rapportée au PIB : stable à 27%.
Ce que cela signifie pour le pouvoir d’achat
Un endettement qui augmente surtout via les crédits à la consommation signifie que de plus en plus de revenus courants sont consacrés au remboursement de prêts plutôt qu’à la consommation discrétionnaire ou à l’épargne. Même si le ratio dette/PIB (27%) reste inférieur à celui des pays développés, la hausse nette de l’encours met une pression directe sur les budgets des ménages, notamment sur ceux qui ont des marges de manœuvre réduites.
Risques et conséquences
Plusieurs effets concrets peuvent en découler pour les foyers et l’économie :
- Une part plus importante du revenu disponible absorbée par le service de la dette, réduisant la capacité à faire face à des chocs (hausse des prix, chômage, santé).
- Une sensibilité accrue des ménages aux hausses de taux d’intérêt si la tendance au resserrement monétaire venait à se poursuivre.
- Une possible décélération de la consommation à moyen terme si les ménages priorisent le désendettement.
Détails chiffrés
| Rubrique | Montant / Part | Variation annuelle |
|---|---|---|
| Encours total des ménages | 456 milliards de dirhams | +6,9% |
| Crédits à l’habitat | 60% de l’encours | — |
| Crédits à la consommation | 183 milliards de dirhams (40%) | +13,2% |
| Financements participatifs | 32 milliards de dirhams | +20,7% |
| Dette des ménages / PIB | 27% | stable |
Enjeux de politique économique
Les autorités de régulation notent que l’accès au financement s’est amélioré, ce qui explique en partie la montée de l’endettement. Mais l’enjeu est désormais de concilier inclusion financière et maîtrise des risques : comment éviter que des ménages vulnérables ne se trouvent piégés dans un cercle de remboursements croissants ? Les signaux à suivre sont clairs : qualité des crédits accordés, taux d’effort des emprunteurs et évolution des taux d’intérêt.
À court terme, la hausse de l’endettement soutient la consommation et la croissance. À plus long terme, elle impose une vigilance renforcée pour protéger le pouvoir d’achat des foyers et prévenir un alourdissement des fragilités financières.