Une croissance fulgurante mais dispersée
En 2026, le continent africain a enregistré une augmentation de 17 GW de capacité solaire en un an, soit l'équivalent de plus de 100 000 panneaux installés par jour. Cette dynamique spectaculaire n'est pas concentrée sur quelques grands projets raccordés aux réseaux nationaux : selon le rapport d'Ember, une large partie de cette nouvelle puissance est constituée d'installations locales, posées directement sur les toits et destinées à l'usage domestique.
Un modèle « distribué » aux conséquences multiples
Cette diffusion, qualifiée de
« distribués »dans le rapport, génère plusieurs effets concrets. D'abord, elle complexifie la visibilité des États sur l'évolution réelle des capacités électriques : sans une cartographie fine des installations, il devient délicat d'évaluer les besoins en infrastructures de réseau, en stockage ou en gestion de pointe. Ensuite, la montée en puissance d'installations hors réseau pèse sur la planification des approvisionnements et sur la cohérence des politiques publiques visant à électrifier massivement le continent.
Des gagnants géographiques — et des questions d'approvisionnement
Plusieurs pays connaissent des trajectoires exponentielles : la République démocratique du Congo voit sa capacité multipliée par plus de 6, le Zimbabwe près de 4, et l'Égypte presque 3. Ces rythmes traduisent un besoin criant d'accès à l'électricité : en 2024, près de 600 millions de personnes en Afrique subsaharienne n'étaient pas raccordées, rappelle l'Agence internationale de l'énergie.
Impacts sur les marchés mondiaux et sur la France
La demande africaine contribue à remodeler les flux internationaux de panneaux photovoltaïques. Une part importante de ces importations provient de fournisseurs asiatiques, en particulier chinois, ce qui accentue la concurrence sur les marchés mondiaux et pose la question de la dépendance industrielle. Pour la France, cela a plusieurs implications :
- pression sur les chaînes d'approvisionnement et sur les prix des modules sur le marché international ;
- nécessité d'une politique de coopération adaptée (financement, formation, normes) pour accompagner des installations décentralisées ;
- enjeu de sécurité énergétique et industrielle : garantir des sources diversifiées et valoriser la fabrication européenne.
Quels défis pour la planification et l'électrification?
Les banques multilatérales, comme la Banque mondiale et la Banque africaine de développement, visent à raccorder une part significative des populations non-servies d'ici 2030. Mais l'essor des systèmes « off-grid » complique la mise en place d'une stratégie unifiée : comment intégrer des dizaines de millions de petits producteurs dans des schémas tarifaires, fiscaux et réglementaires cohérents ? Comment coordonner les besoins en stockage et en renforcement des réseaux locaux ?
Enjeux pratiques et pistes d'action
Pour tirer avantage de cette révolution solaire tout en maîtrisant ses effets, plusieurs leviers apparaissent : renforcer la collecte de données sur les installations, soutenir des standards techniques et de sécurité, promouvoir des filières locales de montage et de maintenance, et prévoir des mécanismes de financement innovants pour les projets décentralisés. À court terme, la multiplication des importations exerce une pression sur les marchés mondiaux ; à moyen terme, elle offre une opportunité pour repenser l'aide publique et les partenariats industriels sur un continent où la demande d'électricité reste massive.
| Indicateur | Valeur citée |
|---|---|
| Augmentation annuelle de capacité solaire | 17 GW |
| Panneaux installés estimés | 100 000 par jour |
| Part d'énergie supplémentaire « distribuée » | ≈ 75% |
| Personnes sans électricité en Afrique subsaharienne (2024) | ≈ 600 millions |