Mutation des postes plutôt que suppression massive
Une étude du groupe de recrutement Adecco et les propos de son directeur général dressent un constat prudent : l'arrivée de l'intelligence artificielle bouleverse les organisations et les fiches de poste, mais ne conduit pas — du moins pour l'instant — à une destruction globale de l'emploi.
Les données rassemblées par Adecco trouvent un point d'appui dans les statistiques récentes : les taux d'emploi restent élevés et le chômage tourne autour de niveaux historiquement bas dans les pays membres de l'OCDE. Côté entreprises, des vagues de suppressions d'emplois ont été attribuées à l'IA, mais souvent dans des contextes de restructuration plus larges.
« L'IA apporte une évolution massive dans le monde du travail, mais une apocalypse de l'emploi n'est pas à l'horizon »,
assure Denis Machuel, directeur général du groupe Adecco. Pour lui, le phénomène est davantage une mutation des rôles et des tâches que l'élimination pure et simple d'emplois.
Conjoncture et discours des entreprises
Des cabinets de reclassement, comme Challenger, Gray & Christmas, relèvent que l'IA a été citée comme cause dans près d'un quart des suppressions de postes aux États-Unis cette année. Parmi les exemples de grandes entreprises ayant annoncé des coupes, Microsoft a communiqué une réduction d'effectifs de l'ordre de 2,1 %. D'autres groupes — HSBC, Amazon, Standard Chartered — ont également réorganisé leurs effectifs alors qu'ils réorientent leurs investissements vers les technologies d'IA.
| Source/Entreprise | Indication |
|---|---|
| Challenger, Gray & Christmas | IA citée dans près d'1/4 des suppressions de postes aux États-Unis |
| Microsoft | Réduction annoncée d'environ 2,1 % des effectifs |
Ce que cela change pour les salariés et les employeurs
- Salariés : certains postes d'entrée ou de première ligne peuvent disparaître; la transformation impose une montée en compétences et une adaptation des parcours professionnels.
- Demandeurs d'emploi : les métiers émergents liés à l'IA et à son déploiement offrent des opportunités, mais l'accès dépendra de la formation et de la mobilité professionnelle.
- Employeurs : utiliser l'IA comme prétexte pour réduire les coûts sans stratégie de reconversion des talents risque d'appauvrir les viviers de recrutement à long terme.
Denis Machuel souligne aussi un point de vigilance : certaines entreprises pourraient invoquer l'IA pour masquer des décisions motivées par des problèmes de performance ou des contraintes budgétaires. Ainsi, la responsabilité des dirigeants consiste à accompagner la transition par la formation et la redéfinition des emplois.
En somme, l'IA redessine les contours du travail. Le défi pour les acteurs publics et privés est d'anticiper ces changements pour limiter les ruptures de parcours et tirer parti des potentialités offertes, plutôt que de subir une substitution brutale des compétences.