Alvaro Santos Pereira, membre du conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE) et gouverneur de la banque centrale du Portugal, a estimé jeudi à Bangkok que la flambée des prix de l'énergie ne se propageait pas aux autres catégories de prix dans la zone euro. Ce diagnostic, exposé lors du Bangkok Economic Festival en marge des assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale, est lu à Francfort comme un signe favorable pour la conduite de la politique monétaire.
Les données récentes confirment une situation contrastée : l'inflation harmonisée (IPCH) en France a accéléré à +3,4% en septembre sur un an, contre +2,6% en août, précise l'Insee dans ses chiffres définitifs. Au niveau de la zone euro, l'inflation globale a atteint +3,8% en septembre, légèrement au-dessus des attentes des économistes interrogés par Reuters (+3,6%). En parallèle, l'indice d'inflation sous-jacente (« core »), qui exclut alimentation, énergie, alcool et tabac, s'établit à +2,5% en septembre contre +2,4% en août.
Pourquoi la distinction énergie / core est cruciale
La distinction entre composantes volatiles comme l'énergie et une inflation sous-jacente plus persistante guide les décisions de la BCE. Si la hausse des tarifs énergétiques restait strictement localisée, les risques de spirale prix-salaires — qui exigeraient un resserrement monétaire marqué — seraient limités. À l'inverse, une transmission généralisée des hausses de l'énergie accroîtrait la probabilité d'interventions plus agressives pour ramener l'inflation vers l'objectif de 2%.
"La bonne nouvelle, c'est que jusqu'à présent, en Europe, l'inflation ne se propage pas", a déclaré M. Santos Pereira.
Sur le plan français, la hausse de l'IPCH à +3,4% alimente les inquiétudes sur le pouvoir d'achat et sur la persistance des tensions sur certains biens et services. Cependant, le maintien d'un core modéré et stable atténue, pour l'instant, la nécessité d'un mouvement brutal des taux par la BCE, même si le niveau global des prix demeure au-dessus de l'objectif à moyen terme.
- Situation actuelle : inflation totale zone euro +3,8% (septembre).
- Inflation sous-jacente : core à +2,5% en zone euro.
- France : IPCH à +3,4% en septembre (Insee).
| Indicateur | Valeur (septembre) |
|---|---|
| Inflation zone euro (IPCH) | +3,8% |
| Inflation sous-jacente (core) | +2,5% |
| IPCH France | +3,4% |
La lecture donnée par un membre du conseil des gouverneurs influence les marchés et les anticipations : si la BCE estime que les chocs énergétiques demeurent transitoires et peu contagieux, elle pourra temporiser dans son resserrement. Mais cet arbitrage reste fragile : la sensibilité des prix domestiques aux variations de l'énergie dépend aussi des comportements salariaux et des marges des entreprises.
Pour l'économie française, le scénario le plus favorable reste celui où les prix de l'énergie se stabilisent sans entraîner d'indexations générales des salaires ni de hausses généralisées des coûts de production. Dans ce contexte, la BCE conserverait une marge de manœuvre pour normaliser ses taux sans compromettre la reprise économique.