Confiance fragilisée et anticipations d'inflation en hausse
La Banque du Canada publie une nouvelle série d'enquêtes sur les perspectives des entreprises qui met en lumière deux mouvements contraires affectant l'économie : d'une part, une dégradation de la confiance des chefs d'entreprise liée à l'incertitude géopolitique ; d'autre part, une hausse marquée des anticipations d'inflation, stimulée par la flambée des prix de l'énergie consécutive au conflit au Moyen-Orient.
Des effets mesurés mais significatifs
Sur la période étudiée, la part des entreprises estimant qu'une récession frappera l'économie dans l'année à venir a presque doublé par rapport au trimestre précédent pour atteindre 17 %. La Banque du Canada précise cependant que ce niveau reste inférieur aux pics observés en 2025, indiquant que le pessimisme a augmenté sans revenir aux pointes antérieures.
Impact sectoriel et régional
L'enquête souligne que les coûts des intrants et l'incertitude géopolitique ont pesé sur les prévisions de ventes pour la plupart des entreprises hors secteur pétrolier et gazier dans les Prairies. Autrement dit, les régions et branches moins directement liées à l'énergie ressentent un effet de contagion via les coûts et la demande.
- Coûts des intrants : hausse déclarée par les entreprises sur le dernier trimestre.
- Prévisions de ventes : en repli pour la majorité des entreprises hors pétrole/gaz dans les Prairies.
- Anticipations d'inflation : bond notable, atteignant un sommet d'environ quatre ans sur le trimestre.
Nouvel outillage statistique
Pour mieux suivre ces dynamiques divergentes, la banque a décidé de scinder son indicateur de référence en deux nouveaux indices distincts : l'un portant sur les anticipations de ventes, d'embauche et d'investissement, l'autre sur les prévisions relatives aux prix des intrants et de vente, aux salaires et à l'inflation. Cette séparation vise à isoler les forces liées à la demande de celles qui traduisent des pressions inflationnistes.
| Variable | Observation récente |
|---|---|
| Part d'entreprises anticipant une récession | 17 % (quasi-doublement vs trimestre précédent) |
| Anticipations d'inflation | Hausse, niveau le plus élevé en ~4 ans sur le dernier trimestre |
| Effet régional | Prairies : ventes en baisse hors secteur pétrole/gaz |
Évolutions récentes et perspective
La Banque du Canada note par ailleurs que les anticipations d'inflation ont culminé en avril puis ont amorcé un reflux après la signature d'un protocole d'accord visant à mettre fin au conflit à la mi-juin. Ce signal suggère que les anticipations réagissent rapidement aux événements géopolitiques et aux signes d'apaisement, mais l'institution reste vigilante : la volatilité des prix de l'énergie peut à tout moment relancer les pressions inflationnistes.
Conséquences pour la politique monétaire et les entreprises
La distinction désormais opérée entre perspectives de demande et pressions sur les coûts devrait aider la banque centrale à calibrer sa lecture de la conjoncture : une contraction de la demande plaiderait pour un assouplissement des politiques, tandis que des tensions inflationnistes importées par les prix de l'énergie peuvent justifier une posture plus restrictive. Pour les entreprises, la hausse des anticipations d'inflation implique des décisions d'indexation des prix et des salaires, et un besoin accru de gestion du risque lié aux intrants.
En somme, la Banque du Canada adapte ses outils pour mieux dissocier des signaux économiques qui jusqu'ici évoluaient de façon généralement parallèle, une évolution méthodologique qui traduit la complexité croissante des chocs affectant l'économie mondiale.