Des pressions multiples freinent la reprise
La BERD a publié un rapport de perspectives régionales qui dresse un tableau moins favorable pour les économies émergentes couvertes par l'institution : la croissance agrégée prévue pour 2026 est désormais de 2,5%, soit une révision à la baisse de 0,6 point depuis juin. Il s'agit du deuxième ajustement consécutif, signe que les risques macroéconomiques s'accumulent.
Plusieurs facteurs sont mis en avant : la hausse des prix de l'énergie, l'alourdissement du coût du crédit, des phénomènes climatiques comme la sécheresse en Europe et des perturbations du commerce maritime, notamment la fermeture prolongée du détroit d'Hormuz. Ces tensions se répercutent directement sur la production, le commerce extérieur et l'inflation locale.
Des reculs marqués pour des pays déjà fragilisés
Les coupes les plus sévères dans les prévisions concernent des États confrontés à des chocs géopolitiques et commerciaux. Selon le rapport, l'économie de l'Irak devrait se contracter de 12% en 2026, une baisse liée à l'arrêt des exportations pétrolières lié à la paralysie du détroit d'Hormuz. Le Liban, en proie au conflit régional et à une paralysie de l'activité, verrait son PIB reculer de 5%.
« Ce qui inquiète, c’est la multiplication des points de pression, du diesel au blé en passant par le coût du crédit… Les tensions s’accumulent et les risques de révision à la baisse sont élevés », a déclaré Beata Javorcik, économiste en chef du BERD.
Le rapport souligne aussi des révisions pour l'Ukraine en raison de l'intensification des attaques, ainsi que pour la Turquie, où l'inflation persistante rend le financement plus coûteux.
Inflation, énergie et alimentation : un cocktail qui pèse
Malgré ces mauvaises nouvelles, la BERD note que les pressions sur les prix ont été moins fortes que redouté : l'inflation moyenne dans les pays couverts reste d'environ 6%. L'énergie représente environ un quart de cette inflation, ce qui montre la sensibilité des économies régionales aux chocs pétroliers.
Sur le front agricole, le cours mondial du blé a bondi de 30% depuis février, tandis que les exportations ukrainiennes ont fortement chuté en lien avec les attaques en mer Noire. La BERD estime que cette combinaison pourrait réduire les exportations de produits agricoles et de minerais pour environ 5,5 milliards de dollars cette année, soit près de 2,5% du PIB total affecté.
Conséquences et points d'attention
- Risques de croissance : la convergence de chocs énergétiques, alimentaires et financiers accroît la probabilité de nouvelles révisions à la baisse.
- Vulnérabilité des exportateurs : les pays dépendants du pétrole ou des exportations agricoles sont particulièrement exposés.
- Politique monétaire et financement : la hausse du coût du crédit complique les ajustements, surtout où l'inflation demeure élevée.
Pour les décideurs et les investisseurs, le message est clair : la fenêtre de stabilisation macroéconomique reste fragile. Les chocs externes (prix de l'énergie, incidents maritimes, guerre) et les facteurs climatiques peuvent rapidement inverser les trajectoires de croissance, notamment dans des économies déjà affaiblies par des déséquilibres structurels.
| Pays | Prévision 2026 |
|---|---|
| Zone BERD (moyenne) | +2,5% |
| Irak | -12% |
| Liban | -5% |
Ce rapport rappelle l'interconnexion des risques contemporains : une perturbation géopolitique peut se traduire en choc pétrolier, répercuté sur l'inflation et le crédit, puis sur l'investissement et l'emploi. Pour les pays de la BERD, limiter l'impact exigera des réponses coordonnées entre politiques budgétaires, stabilisation des marchés de l'énergie et soutien ciblé aux secteurs et populations les plus vulnérables.