La DGAC pointée du doigt pour sa gestion des contrôleurs aériens
La Cour des comptes dresse un constat sévère sur l'organisation du travail et la gestion des ressources humaines au sein de la Direction générale de l'aviation civile (DGAC). L'étude porte sur les quelque 3 800 contrôleurs aériens français et relève une performance en recul depuis le retour du trafic aux niveaux d'avant la pandémie, avec des conséquences directes pour les passagers et les compagnies.
Les auditeurs relèvent notamment un été dernier marqué par un niveau de retards moyen par vol qui a atteint un record, supérieur à 3 minutes 30 secondes. Cette détérioration, écrivent-ils,
"peut poser un problème européen et un risque de sanctions pour la France"si la situation perdure.
Heures travaillées, rémunérations et flexibilité : un équilibre coûteux
La Cour salue des progrès administratifs — fin quasi totale des pratiques de clairances et déploiement de badgeuses biométriques — mais insiste sur des déséquilibres persistants. Les contrôleurs effectuent en moyenne 1 420 heures par an, loin derrière la moyenne du secteur évaluée à 1 607 heures. Ces chiffres traduisent une présence effective réduite, expliquée par des pauses obligatoires et des récupérations que les magistrats jugent parfois opaques.
Le retour d'une organisation plus flexible est admis, mais la Cour estime que, malgré cette évolution, la DGAC reste trop rigide pour s'adapter aux fluctuations rapides du trafic : en périodes de pointe, des restrictions de trafic sont encore imposées pour compenser des déficits d'effectifs. Parallèlement, le rapport note des augmentations salariales massives, de l'ordre de 16%, ce qui alourdit la facture sans garantir une montée en puissance de la capacité opérationnelle.
- Capacité opérationnelle diminuée malgré un trafic revenu à son niveau d'avant-Covid.
- Heures réellement travaillées inférieures à la moyenne du secteur.
- Mise en place de contrôles d'horaires biométriques à 80% du dispositif, visant 100% d'ici la fin de l'année.
Conséquences pour les salariés, les usagers et l'État
Pour les contrôleurs, le rapport met en lumière une organisation du travail qui ménage des marges de repos et des récupérations importantes : cela protège la santé et la sécurité, mais réduit la capacité à absorber un trafic en hausse sans recours aux restrictions. Pour les usagers, la conséquence est tangible : davantage de vols retardés ou annulés, donc du temps perdu et des coûts additionnels pour les compagnies et les passagers. Pour l'État, les magistrats posent la question du rapport coût/efficacité : des hausses salariales significatives ont été consenties, mais leur traduction en service rendu reste insuffisante.
Chantiers et pistes évoqués
La Cour apprécie la disparition presque totale des clairances et la généralisation prochaine des badgeuses biométriques, mais appelle à des ajustements supplémentaires pour aligner l'organisation du travail sur les variations du trafic et limiter les mesures de restriction. Le rapport suggère implicitement que sans adaptations rapides, la France s'expose à des critiques et éventuellement à des sanctions au niveau européen.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Nombre de contrôleurs étudiés | 3 800 |
| Heures annuelles moyennes par contrôleur | 1 420 vs 1 607 (moyenne secteur) |
| Retard moyen par vol (été récent) | > 3 min 30 s |
| Augmentation salariale observée | ~16% |
| Taux de déploiement des badgeuses biométriques | 80% (visée 100% fin d'année) |
En toile de fond, l'enjeu est politique et budgétaire : concilier sécurité, qualité du service et maîtrise des coûts. La Cour des comptes invite la DGAC et l'État à clarifier comment les moyens humains et financiers seront organisés pour garantir la fluidité du trafic sans accumuler des dépenses publiques inefficaces. Les prochaines décisions de la direction auront un impact direct sur les conditions de travail des contrôleurs, sur les vols des passagers et sur la réputation de la France au sein de l'espace aérien européen.