Un redressement macroéconomique visible, des effets encore inégaux pour les ménages
Le rapport annuel 2025 de Bank Al-Maghrib, présenté au Roi Mohammed VI, dresse un bilan globalement positif de l'économie marocaine : la croissance s'établit à 4,9 % en 2025, contre 4,4 % l'année précédente, tandis que l'inflation moyenne reste contenue à 0,8 %. Ces chiffres témoignent d'un rebond de l'activité après des années marquées par des chocs extérieurs et des tensions internationales.
Ce redressement repose principalement sur l'investissement. Selon la banque centrale, les dépenses d'investissement ont progressé de 16,3 % en volume, portées par des projets d'infrastructures, des programmes d'adaptation au climat, des renforcements du système de santé et la reconstruction des zones sinistrées après le séisme d'Al Haouz.
Des indicateurs macro favorables, mais des traductions sociales incomplètes
La banque centrale souligne un renforcement des fondamentaux : déficit budgétaire réduit et réserves de change à un « niveau record ». Mais l'institution met en garde : ces performances macroéconomiques doivent désormais se traduire par une amélioration tangible des conditions de vie. En particulier, l'emploi et les inégalités demeurent des fragilités qui pèsent sur la qualité de la reprise.
- Croissance : 4,9 % en 2025, tirée par l'agriculture et surtout par les secteurs non agricoles (bâtiment, tourisme, services).
- Inflation : moyenne à 0,8 %, favorisée par la baisse des prix internationaux de l'énergie.
- Investissement : +16,3 % en volume, principal moteur de la dynamique économique.
Ce que signifient ces chiffres pour les ménages et les entreprises
Une croissance soutenue par l'investissement se traduit souvent par des gains de capacité productive et des créations d'emplois, mais l'effet dépend de la nature des investissements. Les grands travaux et les projets d'infrastructures peuvent stimuler la demande de main-d'œuvre qualifiée et non qualifiée, tandis que les mesures d'adaptation au changement climatique et les investissements en santé ont un effet redistributif potentiel plus direct.
La faiblesse de l'inflation (0,8 %) limite l'érosion du pouvoir d'achat, mais ce bénéfice est inégalement réparti si les salaires stagnent et si certains secteurs (importations alimentaires, énergie) restent vulnérables aux chocs externes. Bank Al-Maghrib rappelle donc que la résilience macroéconomique doit être accompagnée de politiques publiques ciblées pour transformer la croissance en amélioration concrète des revenus et de l'emploi.
Données clés
| Indicateur | 2025 | 2024 |
|---|---|---|
| Croissance du PIB | 4,9 % | 4,4 % |
| Inflation moyenne | 0,8 % | — |
| Variation des investissements (volume) | +16,3 % | — |
Enjeux et conséquences politiques
Sur le plan politique, ce rapport renforce la narration d'une économie capable de résister à des tensions extérieures, mais il met également la pression sur les autorités pour transformer cette performance en mesures visibles sur l'emploi et la réduction des inégalités. Les décideurs devront veiller à l'orientation des investissements publics et aux politiques de formation professionnelle pour que les gains de productivité se traduisent par des emplois durables.
En synthèse, Bank Al-Maghrib confirme une trajectoire macroéconomique assainie : croissance robuste, inflation maîtrisée, réserves confortables. Reste la question de la translation sociale de ces progrès : sans politiques de distribution et d'emploi ciblées, la reprise risque de profiter d'abord à ceux déjà intégrés aux secteurs en expansion.