Une croissance tirée par l'État, peu par l'emploi
La croissance du Maroc a atteint 4,9 % en 2025, un rythme que la Banque mondiale qualifie de notable et rare ces dernières années. Mais derrière ce chiffre, l'institution souligne que la dynamique reste majoritairement alimentée par des dépenses publiques et des grands chantiers plutôt que par une amélioration structurelle du marché du travail.
Ce constat intéresse directement salariés, demandeurs d'emploi et employeurs : une croissance concentrée sur des projets publics crée de la demande pour certains secteurs (BTP, infrastructures, hôtellerie) sans nécessairement favoriser une création d'emplois durable et diversifiée, ni soutenir une montée en compétences généralisée des actifs.
Investissement en hausse mais effets limités sur l'emploi
Sur le plan des flux de capitaux vers l'économie réelle, la Banque mondiale rapporte une progression marquée : la formation brute de capital fixe a crû de 14,4 % en 2025, tandis que l'investissement total a bondi de 16,3 %. Ces hausses s'expliquent principalement par des projets publics de grande ampleur — notamment des travaux ferroviaires, routiers et hôteliers — engagés en lien avec la préparation de la Coupe du monde 2030.
Pour les entreprises privées, la reprise des dépenses en capital reste limitée, ce qui freine les gains d'emploi privés et la modernisation productive. Autrement dit, le relais privé n'est pas encore suffisamment solide pour transformer l'élan public en emploi pérenne et en montée en gamme des activités.
Faible participation féminine et retard numérique : deux verrous
La Banque mondiale insiste sur deux fragilités majeures du marché du travail marocain : une participation féminine très basse et une adoption insuffisante des technologies numériques par les entreprises. Ces handicaps pèsent sur l'inclusion et la productivité.
- La faible présence des femmes sur le marché du travail réduit la capacité du pays à mobiliser l'ensemble de ses talents et à soutenir une croissance inclusive.
- L'intégration limitée des outils numériques dans la gestion et la production empêche des gains de productivité importants au niveau des entreprises.
La Banque mondiale estime d'ailleurs que l'économie marocaine pourrait gagner entre 10 % et 15 % de productivité si les entreprises adoptaient plus largement le numérique. Ce potentiel non réalisé renvoie à des enjeux de formation, d'accès au financement et d'accompagnement des petites et moyennes entreprises.
Risques extérieurs et perspectives 2026
Sur le plan externe, l'institution anticipe une détérioration liée aux tensions régionales : le conflit déclenché au Moyen-Orient fin 2025 devrait retirer 0,8 point de croissance à l'économie marocaine en 2026, selon l'estimation citée. Ce choc montre la fragilité des trajectoires dépendantes d'importations d'équipements et d'une demande intérieure soutenue par l'État.
Conséquences pour les acteurs du marché du travail
Confrontés à une croissance « publico-centrée », les acteurs du travail doivent se préparer à des scénarios contrastés : création d'emplois intenses mais ciblés dans la construction et l'hôtellerie, stagnation ou lente amélioration des emplois industriels et de services modernisés, et une forte dépendance aux décisions publiques pour la demande. Les employeurs privés, eux, sont incités à investir dans la numérisation pour capter les gains de productivité évoqués par la Banque mondiale.
| Donnée | Valeur (2025) |
|---|---|
| Croissance du PIB | 4,9 % |
| Investissement total | +16,3 % |
| Formation brute de capital fixe | +14,4 % |
| Consommation des administrations | +5,1 % |
| Impact attendu du conflit régional (2026) | -0,8 point |
Au final, la trajectoire marocaine illustre une question que rencontrent de nombreuses économies en transition : comment transformer une impulsion publique en gains durables pour l'emploi et en modernisation productive ? La réponse passe par une plus forte implication du secteur privé, des politiques actives pour intégrer les femmes au marché du travail et un plan massif d'adoption numérique à destination des entreprises.