Les principaux enseignements de l'étude
Une recherche conjointe menée par Fedea, l'Université Pompeu Fabra (UPF) et la Barcelona School of Economics (BSE) analyse, à partir des informations administratives de la Sécurité sociale et de l'Échantillon Continu de Vies Professionnelles (MCVL), les effets de la loi 27/2011. Cette loi a progressivement relevé l'âge légal de la retraite de 65 à 67 ans et conditionné le départ à 65 ans à des carrières longues. Les auteurs mesurent, pour la première fois, des effets causals sur le comportement de départ à la retraite.
Changements quantifiables dans les comportements de départ
Les résultats montrent un déplacement net du calendrier de sortie du marché du travail. Concrètement :
- la probabilité de partir à la retraite au-delà de 65 ans augmente de 26,7 points de pourcentage ;
- les retraites prises exactement à 65 ans diminuent de 10,3 points ;
- les départs anticipés se réduisent de 17,7 points.
Au total, la réforme se traduit par un report moyen de l’âge effectif de départ d'environ 8,1 mois parmi les travailleurs concernés par la mesure.
Des impacts différenciés selon le sexe et la carrière
L'étude distingue les « bénéficiaires » d'une carrière longue — qui conservent la possibilité de partir à 65 ans — des travailleurs qui n'atteignent pas les annuités requises et subissent l'augmentation de l'âge légal. Cette comparaison permet d'isoler l'effet propre de la réforme. Les auteurs observent une hétérogénéité marquée :
- les femmes retardent davantage leur départ : en moyenne 10 mois de report contre 3,1 mois pour les hommes ;
- les femmes représentent 62 % du groupe affecté par la mesure, contre 29 % dans le groupe de référence, signe de trajectoires professionnelles plus courtes et plus discontinues.
Un signal sanitaire préoccupant
Outre l'effet sur l'âge de départ, le travail signale une association entre la réforme et une augmentation de la mortalité prématurée, notamment chez les hommes. Le communiqué ne détaille pas ici les mécanismes biologiques ou sociaux précis mais met en garde contre un coût en vies potentielles lié au recul effectif des sorties d’activité.
Conséquences et enjeux
Ces résultats posent plusieurs questions pour les décideurs et les partenaires sociaux : comment tenir compte des inégalités de trajectoire entre sexes dans les règles d'accès à la retraite ? Faut-il adapter les dispositifs de pénibilité, les bonifications de carrière ou les mécanismes de transition vers la retraite pour limiter les effets sanitaires et sociaux du report ? Enfin, la démonstration d'un effet causal renforce la nécessité d'évaluer systématiquement les réformes structurelles sur des dimensions non seulement financières mais aussi sanitaires.
Tableau synthétique des effets observés
| Indicateur | Variation mesurée |
|---|---|
| Report moyen de l'âge effectif de départ | +8,1 mois |
| Probabilité de partir >65 ans | +26,7 points |
| Retraite à 65 ans | -10,3 points |
| Départs anticipés | -17,7 points |
| Report moyen chez les femmes | +10 mois |
| Report moyen chez les hommes | +3,1 mois |
Les conclusions de cette étude invitent à une réflexion approfondie sur la conception des règles d'âge et de condition d'annuités : elles ont des effets directs sur les trajectoires de fin de carrière, amplifient les inégalités de genre et peuvent, selon les auteurs, peser sur la santé et la mortalité. Les décideurs gagneraient à intégrer ces dimensions dans les prochains arbitrages sur le calendrier et les modalités des retraites.