Un transfert massif des chômeurs vers l’assurance maladie après la réforme
La réforme belge qui limite dans le temps les allocations de chômage produit un effet collatéral visible : de plus en plus de personnes privées d’indemnités se tournent vers l’« assurance maladie-invalidité ». Les chiffres de l’Inami, repris par De Standaard et analysés par l’Onem, montrent une hausse notable des dossiers de maladie dès la rentrée de la mesure, puis une accélération au premier trimestre 2026.
Concrètement, les demandes d’allocations de maladie ont augmenté de +25 % en janvier, +38,5 % en février et +52 % en mars 2026 par rapport aux mêmes mois de 2025. La mutation de parcours a commencé dès septembre 2025 (+7 %) et s’est poursuivie en fin d’année (+18 % en octobre, +16 % en novembre, +45 % en décembre).
« une “rupture de tendance perceptible” »
L’Onem lui-même note cette « rupture de tendance perceptible » : parmi les chômeurs de longue durée exclus des allocations entre janvier et mars, 9,5 % perçoivent aujourd’hui une allocation de maladie, légèrement au-dessus de la part ayant retrouvé un emploi (9,3 %). Sur plus de 45 000 personnes affectées lors des deux premières vagues d’exclusions, 4 336 se retrouvent désormais en maladie.
Un basculement différencié selon les régions
Le phénomène ne touche pas les territoires de la même manière. En Flandre, près d’un exclu sur cinq bascule vers l’allocation de maladie (19,7 %), contre 6,7 % en Wallonie et 6,9 % à Bruxelles. Deux explications sont avancées : un profil des personnes concernées plus âgé et féminin en Flandre, et des pratiques d’accompagnement et de sanctions différentes entre services régionaux de l’emploi.
| Mois | Variation vs 2025 |
|---|---|
| Septembre | +7 % |
| Octobre | +18 % |
| Novembre | +16 % |
| Décembre | +45 % |
| Janvier | +25 % |
| Février | +38,5 % |
| Mars | +52 % |
Le profil des exclus diffère aussi : en Flandre, 48 % des personnes concernées ont plus de 50 ans, contre 36 % en Wallonie. En Wallonie, près de la moitié des exclus se retrouvent dans le circuit des CPAS (revenu d’intégration), contre seulement 33 % en Flandre.
Ce que cela change pour les individus et pour les politiques publiques
Ce basculement vers l’assurance maladie pose plusieurs questions concrètes pour les individus et pour les acteurs de la protection sociale. Pour les personnes concernées, accéder à une allocation maladie peut signifier un maintien de revenus, mais aussi un statut qui engage des règles médicales et administratives distinctes de celles du chômage : procédures d’évaluation, possibles contrôles médicaux, et statut parfois moins compatible avec une reprise rapide d’emploi.
- Pour les demandeurs d’emploi : le changement de statut peut protéger du point de vue financier mais risque d’institutionnaliser une sortie du marché du travail.
- Pour les employeurs et le marché du travail : la hausse des allocations de maladie masque partiellement la pression sur la réinsertion professionnelle et complique le suivi statistique des sorties de chômage.
- Pour les autorités : la répartition régionale divergent appelle à une coordination entre organismes d’emploi, services de santé et politiques sociales pour éviter des effets de substitution indésirables.
Les observateurs interrogés par De Standaard citent aussi l’impact des pratiques du VDAB en Flandre, plus strictes en matière de sanctions, qui auraient déjà « filtré » une partie des chômeurs en bonne santé. En Wallonie, l’existence d’un filet via les CPAS absorbe une part significative des exclus.
Conséquences à prévoir
Cette dynamique peut produire plusieurs effets durables : une croissance des dépenses d’assurance maladie-invalidité, un glissement de problématiques d’emploi vers des problématiques de santé, et un défi pour la politique de retour à l’emploi. Pour les décideurs, la question est désormais d’identifier si ces basculements traduisent une véritable dégradation de l’état de santé des anciens chômeurs, une stratégie d’adaptation aux nouvelles règles, ou une combinaison des deux.
Les chiffres de l’Inami et les constats de l’Onem constituent une alerte : limiter l’indemnisation sans renforcer simultanément les dispositifs de réinsertion et de santé au travail peut produire des externalités lourdes pour les individus et pour l’ensemble du système de protection sociale.