Un double choc sur l'approvisionnement en diesel
Le marché mondial du diesel se dirige vers «une nouvelle pénurie critique», selon le Financial Times relayé par la presse. Deux facteurs principaux expliquent cette situation : d'une part, la Russie — deuxième exportateur mondial de diesel — a durci le blocage de ses livraisons après des attaques réussies menées par des drones ukrainiens contre des raffineries russes ; d'autre part, la menace d'attaques iraniennes dans le détroit d'Ormuz pèse sur les expéditions transitant par le golfe, réduisant encore les flux.
Le résultat : une tension spectaculaire sur les produits raffinés. Alors que le prix du pétrole brut est retombé autour de 70 dollars le baril (≈ 61 euros), le baril de diesel se négocie aux alentours de 135 dollars (≈ 118 euros), soit une prime par rapport au brut qui a atteint jusqu'à 60,70 dollars (≈ 53 euros) le baril.
Conséquences directes pour la France
Ce déséquilibre entre brut et produits raffinés est clé pour comprendre pourquoi la baisse du pétrole brut ne se traduit pas forcément par une baisse visible des prix à la pompe. En France, le diesel reste un carburant largement utilisé pour le transport routier de marchandises et par de nombreux automobilistes : une forte prime sur le marché de gros finit par peser, avec un certain décalage, sur les prix finaux.
- Stocks fragiles : les réserves de produits raffinés en Europe sont déjà basses, ce qui amplifie l'impact de toute réduction d'offre.
- Effet sur la mobilité et les coûts : hausse du prix du carburant pour les ménages et surcoûts pour le transport routier, susceptibles d'alimenter l'inflation sur les biens transportés.
- Recherche d'approvisionnements alternatifs : les négociants se ruent sur les stocks disponibles, ce qui maintient la tension sur les prix.
Ce que disent les acteurs du marché
«Nous tirons la sonnette d'alarme depuis un certain temps: les marchés des produits [comme le diesel] sont bien plus tendus que ceux du pétrole brut.»
Cette mise en garde d'analystes du secteur résume la fracture actuelle : c'est le marché des produits raffinés — diesel inclus — qui commande désormais l'expérience du consommateur, et non le niveau moyen du pétrole brut.
Ordres de grandeur et scénarios
Pour donner des ordres de grandeur : si le baril de diesel reste à environ 135 dollars, la marge entre brut et produit raffiné (plus de 60 dollars) signifie que la simple évolution du cours du brut ne suffit pas à faire baisser les prix à la pompe. Seules des mesures structurelles — relance des capacités de raffinage, diversifications d'acheminement, relâchement des tensions géopolitiques — peuvent normaliser durablement les prix.
| Produit | Prix cité | Approx. en euros |
|---|---|---|
| Pétrole brut | ~70 $/baril | ~61 € |
| Diesel | ~135 $/baril | ~118 € |
| Prime diesel vs brut | ~60,70 $/baril | ~53 € |
Enjeux pour les pouvoirs publics et les entreprises
Face à ce risque, les gouvernements européens doivent surveiller l'évolution des stocks, encourager la coordination pour le détournement des flux et, le cas échéant, débloquer des stocks stratégiques. Les entreprises de transport, quant à elles, devront arbitrer entre répercuter les hausses sur les prix ou absorber une partie des coûts, avec des conséquences sur la chaîne logistique et l'inflation.
Au final, la dissociation entre cours du brut et prix des produits raffinés rappelle que les tensions géopolitiques et les vulnérabilités du raffinage ont un effet concret et souvent retardé sur le portefeuille des ménages. En l'absence d'une détente durable des tensions ou d'un coup de pouce sur l'offre raffinée, les automobilistes et le secteur du transport routier en France peuvent s'attendre à des prix du diesel durablement élevés.