Pourquoi le litre augmente alors que le baril stagne
Les automobilistes l'ont constaté : le prix à la pompe remonte. Si le cours du pétrole reste modéré — le WTI autour de 72 dollars et le Brent autour de 76 dollars le 10 juillet — ce seul indicateur n'explique pas tout. Les marges réalisées en aval de la chaîne, c'est-à-dire la transformation du brut en produits finis, ont atteint des niveaux exceptionnellement élevés et pèsent aujourd'hui sur le prix payé à la station-service.
Des marges en forte surcote par rapport à la décennie précédente
Sur la période 2010-2019, les marges de raffinage se situaient en moyenne entre 5 et 10 dollars par baril pour des configurations de raffineries simples, légèrement plus pour les sites complexes. Par contraste, durant 2022-2023, plusieurs régions ont vu ces marges grimper ponctuellement à 25-30 dollars par baril, un niveau qui avait déjà dopé les résultats des grands groupes intégrés.
« Les marges de raffinage resteront, pour le reste de l'année 2026, deux à trois fois supérieures aux moyennes de la période 2013-2019 », estime Goldman Sachs.
Concrètement, Goldman Sachs anticipe des marges particulièrement élevées sur le diesel : 50 dollars par baril aux États-Unis et 37 dollars en Europe pour le dernier trimestre 2026. Ces niveaux devraient refluer en 2027 mais rester significatifs : 41 dollars aux États-Unis et 29 dollars en Europe, selon la banque d'affaires.
Ce que cela change pour le consommateur français
- Une marge de raffinage élevée signifie que la moindre baisse du prix du brut ne se traduit pas automatiquement par une baisse équivalente du prix des carburants.
- Le diesel, largement utilisé par le transport routier, est particulièrement concerné : une marge portée à des dizaines de dollars par baril peut ajouter plusieurs dizaines de centimes par litre.
- Les perspectives à court terme restent soumises aux tensions géopolitiques (qui soutiennent le brut) et aux dynamiques de demande et de capacité de raffinage (qui déterminent les marges).
Ordres de grandeur
Pour mesurer l'impact : si le prix du baril tourne autour de 75 dollars et que la marge de raffinage augmente de 20 à 30 dollars par baril par rapport à une moyenne passée, cela peut représenter une composante significative — parfois majoritaire — de la variation du prix à la pompe. Autrement dit, même si le brut se repliait de quelques dollars, l'effet sur le litre d'essence ou de diesel serait limité tant que les marges restent élevées.
| Item | Valeur citée |
|---|---|
| WTI (10 juillet) | ~72 $/b |
| Brent (10 juillet) | ~76 $/b |
| Marges historiques (2010-2019) | 5–10 $/b |
| Marges ponctuelles (2022-2023) | 25–30 $/b |
| Prévision marges diesel Q4 2026 (Goldman Sachs) | 50 $/b (US) • 37 $/b (Europe) |
| Prévision marges diesel 2027 | 41 $/b (US) • 29 $/b (Europe) |
Conséquences et enjeux
Pour les autorités et les entreprises, la question n'est plus seulement de suivre le cours du pétrole mais de comprendre les tensions structurelles dans la chaîne de raffinage : capacités de transformation, complexité des raffineries, et répartition géographique de l'offre et de la demande. Pour les consommateurs, cela signifie que l'attente d'une baisse rapide des prix à la pompe après une détente du brut peut être vaine tant que les marges restent surélevées.
Au final, la facture à la pompe des Français dépend désormais autant — sinon plus — de l'état du raffinage mondial que du prix du baril en mer du Nord.